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La télévision ivoirienne a décidé, avant de faire du 24 h sur 24, de commencer son programme à 6h du matin. Bientôt, nous allons faire une télé 24h/24 . C'est le pari qu'entend gagner le nouveau directeur général de la Radio télévision diffusion ivoirienne (RTI), Brou Amessan. Qui veut voyager loin ménageant sa monture, il a commencé avec un projet qui suit son petit bonhomme de chemin : dans le cadre de la nouvelle grille des programmes, au nouveau générique, aux nouvelles couleurs (orange, blanc et vert) et à l'organisation de l'antenne d'or qui consacre les meilleurs agents de la télévision, s'est ajouté un projet devenu, aujourd'hui, une réalité : la télévision qui démarre à 6h du matin. Tout est parti de ce constat : J'ai remarqué, précise-t-il, que tous les jours, tôt le matin, et moi-même je le fais, les Ivoiriens se réveillent pour regarder les chaînes étrangères (CanalSat, tv5) à la recherche d'informations. Les Ivoiriens aiment ces programmes, il fallait donc copier chez l'autre ce qui est bon. D'où sa décision, nommé DG, de proposer un nouveau programme aux Ivoiriens, qui commencerait à 6h du matin ! Un défi : Mes prédécesseurs, m'a-t-on appris, avaient tenté, mais cela n'a pas fonctionné. Sa recette : Quand je suis arrivé, j'ai demandé aux agents de s'organiser, car nous allons désormais démarrer la télé à 6h. Et tout le monde a accepté ce projet. Nous irons plus loin, car nous avons l'intention de faire une télé 24h/24. Nous avons la possibilité de le faire. Son vouloir est vaste, or si tel est le cas, les rêves mêmes les plus fous se réalisent : On a même envie, et c'est notre intention, d'acheter un satellite, un émetteur pour créer une 3ème chaîne de télé. Après donc la 1ère, TV2, le directeur général rêve de créer une chaîne de sport et de musique, qui va couvrir Abidjan en ayant le même rayonnement que TV2. Cette chaîne ne réduira pas, si on l'en croit, la fréquence de visite des deux premières chaînes, car elle sera exclusivement réservée au sport et à la musique. Une manière d'éviter, surtout en sport, lors d'un match en direct, de déplacer le journal, par exemple : Ici, dit-il, quand on prend un match avant le journal, on est obligé de déplacer le journal pour le présenter à 22h. Or, si nous avons une 3ème chaîne de télé uniquement consacrée au sport et à la musique, à 20h on transmet le match sur cette chaîne, quitte à le diffuser aux alentours de 22h sur la 1ère, après le journal de 20h, pour permettre ainsi à ceux de l'intérieur qui n'ont pas pu le suivre, de le faire. Déjà, une telle politique a nécessité des moyens additionnels à trouver : Ce n'est pas beaucoup d'argent que nous investissons. En fait, il fallait payer le transport des animateurs et techniciens ; puis mettre un car à la disposition de ce personnel éparpillé sur toute la ville . Coût de ce nouveau challenge ? 6 millions par mois. Au nombre de 50 sur les deux chaînes, pour ceux qui exercent à Abidjan, sans compter ceux qui travaillent sur les émetteurs. Brou Amessan entend gagner son pari, avec sa méthode chevillée au corps, la concertation permanente avec les syndicats pour pallier le manque d'effectif : La RTI n'embauche pas ; elle a des arriérés de salaire. La Direction générale s'est entretenue avec les syndicats et des compromis ont été trouvés, bien que l'effectif soit vieillissant, avec ses décès, ses départs pour la retraite. Pour y pallier, du sang neuf a fait aussi l'affaire : La maison compte en son sein beaucoup de stagiaires issus de l'ISTC et autres écoles de journalisme. Evidemment, ceux qui sont bons, bénéficient de petits contrats. En attendant, promis juré, la Première chaîne va dans un future immédiat, fonctionner 24h/24 : Cela est possible. Et nous avons les moyens de le faire. Il y a les hommes, la technique. Ce qui manque le plus, ce sont les moyens. Il a la foi du chrétien : Je crois qu'ils vont suivre. Les investissements sont, en effet, énormes, face à la vétusté des infrastructures, surtout des émetteurs, qui datent de 1963. Plus de 43 ans ! Et, plus grave, d'autres ont été détruits du fait de la guerre : Il faut des centaines de millions, voire des milliards pour les réparer . Le prix à payer encore. Pour rendre opérationnel l'émetteur de Man, il faut 70 millions ; pour couvrir Bouaké, Boundiali, Ferké et Odienné, un milliard, etc. La tâche est immense et le DG de la RTI l'égrène comme un chapelet de doléances : l'émetteur d'Abengourou est inopérationnel, la ville est plongée dans le noir ; à San Pedro, il a fallu dégager 40 millions pour acheter le matériel que des techniciens américains sont venus installer. Il faut en outre, 400 millions pour connecter l'émetteur de Sans-Pedro à la CIE. La question angoissante de Lénine : Que faire? : Il faut un programme de réhabilitation de ces émetteurs et les connecter si possible à la CEI, etc. Malgré tout, il entend être en phase avec son credo : le travail : On m'a fait confiance, il faut que je sois à la hauteur de cette confiance, et mériter la confiance placée en moi . Du travail donc : retransmission en direct des images de la visite du Chef de l'Etat à Korhogo ; retransmission en direct d'une visite du Chef de l'Etat à New York après épuration d'une dette de 1979 ; location à 28 millions du satellite de 9h à 16h pour la cérémonie de la Flamme de la paix de Bouaké, etc.
D'où ses besoins aujourd'hui exprimés en terme d'équipements modernes à acquérir. D'ailleurs, le Chef de l'Etat vient de lui offrir un grand cadeau : un Flay-way, c'est-à-dire, un moteur qui envoie l'image par satellite : En France, il coûte 200 millions. Le Président a mis les moyens à notre disposition pour acquérir ce matériel avant la CAN 2008, dit-il, heureux. Son atout pourrait aussi se résumer: ce qu'il demande, même s'il ne l'a pas entièrement, il en reçoit, qui suffit à son bonheur. A leur bonheur. Car, il parle toujours en nous ; de son équipe et lui ou ce qui revient au même, de lui et son équipe : Une bonne équipe ! Ce sont des collaborateurs efficaces et sérieux, qui ne torpillent pas, qui font correctement leur travail. Mon équipe et moi, nous n'avons pas la science infuse, mais avant de prendre toute décision, nous en discutons, nous échangeons. Pour proposer ce qu'il appelle un bon programme aux Ivoiriens . Et d'ajouter : Nous, nous proposons et c'est aux Ivoiriens de juger et de faire des propositions. Il entend encore, de son mandat, faire en sorte que la Télé soit proche des Ivoiriens : Elle doit entrer dans la vie des Ivoiriens. Nous avons passé des moments difficiles avec les crises, mais aujourd'hui, les Ivoiriens doivent se réconcilier avec leur télé. Pour ce faire, lui et son équipe ont choisi cette méthode : traiter l'information et censurer tout discours haineux : Quand j'ai pris fonction, mon équipe et moi, nous nous sommes dit qu'il fallait aller à l'apaisement. Nous suivons les activités des partis ; les reportages sont traités avant de les présenter au journal télévisé. Car si la guerre a duré en Côte d'Ivoire, cela est aussi à cause des discours et déclarations fracassants. Nous avons décidé de ne plus les passer ; nous travaillons en ayant conscience de tout cela. Aux Ivoiriens de nous juger. Il a, à l'instar des chaînes françaises, suisse, habillé la télé aux couleurs nationales. Aux Ivoiriens d'en juger, encore.
Autre pari : le Bouquet, pour lequel il n'entend pas donner de date précise : En principe, on devrait y être, dès le 1er novembre, mais il y a eu quelques difficultés. Aujourd'hui, les essais sont concluants; notre signal arrive à Paris. Quand ceux qui doivent nous positionner sur le Bouquet de Canal seront satisfaits, ils vont nous fixer une date et, très bientôt, nous figurerons sur le Bouquet. Et ce sera un vieux cauchemar, l'affaire Intelsat : Ce ne fut qu'un malentendu entre les responsables d'Intelsat et le ministère. Finalement, on a signé le contrat. La preuve? On a été rétablis trois jours, après. D'ailleurs des dispositions ont été prises pour éviter de tels désagréments.
La télévision veut aller loin et faire entendre la voix de la Côte d'Ivoire. Partout. Rendez-vous est pris pour juger.



Michel Koffi Coll :
Obindé Marie-Chantal

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