La réunion du Comité de pilotage du Réseau des commissions électorales de la Cedeao s'est soldée par l'adoption d'un plan d'action. L'harmonisation des structures et principes de gestion des élections, l'introduction des technologies de l'information et de la communication dans le processus électoral, la sécurisation du processus électoral, le renforcement des capacités des acteurs clés impliqués dans la gestion des élections et le financement des élections. Telles sont les 5 priorités du ??plan d'action'' allant de la période d'août 2008 à août 2010 qui a été défini à Abidjan. C'était au terme de la réunion inaugurale du Comité de coordination du Réseau des commissions électorales des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Reseao) qui s'est tenue les 12 et 13 août. Le principal objectif de la réunion étant de faciliter l'élaboration d'un agenda réalisable.
Une rencontre organisée par le Projet régional Friedrich-Ebert-Stiftung (Fes) en collaboration avec l'Unité d'assistance électorale de la Cedeao basée à Abuja, au Nigeria. Et qui a vu la participation de 12 personnalités dont quatre présidents de Commission électorale (Burkina-Faso, Guinée, Guinée Bissau, Sierra Leone). A l'origine de la création du Réseau des Commissions électorales, le besoin d'harmonisation des normes électorales entre les Etats membres. En effet, l'article 1 du Protocole additionnel déclare que les principes de convergence constitutionnels adoptés par la Cedeao concernent l'accession au pouvoir par des élections libres, justes et transparentes; la tolérance zéro à l'encontre de tout pouvoir acquis ou maintenu par des moyens anti-constitutionnels ; la participation du peuple à la prise de décisions ; l'adhésion stricte aux principes démocratiques et la liberté d'opposition entre autres. La section 2 du même Protocole contient des dispositions importantes sur la conduite des élections en Afrique de l'Ouest et le rôle de la Cedeao dans le processus, ont rappelé les organisateurs. Si ces principes n'ont pas été appliqués durant les deux dernières décennies, la Cedeao et Friedrich-Ebert-Stiftung (Fes) considèrent qu'il est temps de faire face aux disparités dans les pratiques électorales dans la sous-région. D'autant que la Cedeao a été, durant cette même période, beaucoup sollicitée et accru sa participation en matière d'encadrement et d'assistance du processus électoral. Notamment avec l'adoption respectivement du Protocole concernant le mécanisme de prévention, gestion, résolution des conflits, de sauvegarde de la paix et de la sécurité (1999), et du Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001).
Cependant, l'adoption du plan d'action pour les deux années à venir a été précédée de discussions entre participants sur la base des communications faites par deux experts. La première est l'étude de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung intitulée : ??Modèles de structures d'administration des élections'', réalisée par Ismaila Madior Fall, professeur agrégé de Droit et de Sciences politiques à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La deuxième a pour thème : ??Commissions électorales en Afrique de l'Ouest : analyse comparée de 7 (Burkina Faso, Niger, Togo, Cap-Vert, Sierra Leone, Gambie, Liberia) , par Mathias Hounkpe, politologue à la Cellule d'analyse des politiques de développement de l'Assemblée nationale du Bénin. Pour lui, l'objectif visé par la Cedeao est d'améliorer la qualité des élections, et cela cadre avec ses initiatives en faveur de la consolidation de la démocratie. Aux communications des deux experts, s'ajoute celle faite par Francis Oké, chef de l'Uae par intérim sur le thème: ??Rôle de l'Unité d'assistance électorale de la Cedeao dans les élections en Afrique de l'Ouest''.
Paulin N. Zobo
Option : À l'école du Bénin et du Ghana
Treize Etats sur les 15 que compte la Cedeao ont vu leurs commissions électorales passées en revue par les deux experts. Mathias Hounkpe pour le compte de l'Unité d'assistance électorale de la Cedeao et Madior Fall pour le compte de Friedrich-Ebert-Stiftung. Si Hounkpe a fait explicitement une étude comparée des commissions électorales de 7 pays (Burkina Faso, Niger, Togo, Cap-Vert, Sierra Leone, Gambie, Liberia), il n'en est pas moins pour Fall. En ce sens que son analyse s'intéresse à la situation de 6 autres pays (Bénin, Mali, Ghana, Sénégal, Côte d'Ivoire, Nigeria). Si l'on y ajoute la Guinée où la commission co-organise les élections avec l'administration, seule la Guinée-Bissau échappe à l'étude. Dans le bilan, Pr Madior Fall détermine trois catégories de pays. Les modèles de structure d'administration des élections qui ont connu du succès sont, selon lui, ceux du Bénin (pays francophone) et du Ghana (pays anglophone). Les expériences mitigées sont celles du Mali, Sénégal et de la Côte d'Ivoire. Et le cas le plus critique est celui du Nigeria. Le constat qu'il fait, c'est que les problèmes de fonctionnement ne sont pas toujours dus aux textes mais qu'il y a nécessité de parvenir à un consensus sur la structure et l'exigence de culture démocratique. Néanmoins, un certain nombre de facteurs déterminent la réussite de certaines institutions. Notamment, l'histoire du pays favorisant la démocratisation par le haut et le bas, l'efficacité et la réputation de l'administration. A ce niveau, il a été prouvé que la tradition juridique anglophone garantit plus d'indépendance. Ainsi, concernant la désignation des responsables des structures, il est recommandé une diversification des autorités de nomination ; pour le profil, la combinaison de critères techniques et politiques devrait être prise en compte. S'agissant de la durée de la fonction, les exemples du Bénin et du Ghana montrent que la meilleure option est la permanence et pour les prérogatives, privilégier les commissions organisatrices en lieu et place de commissions superviseurs. Enfin, pour plus d'indépendance, le régime financier doit être inscrit au budget de l'Etat comme c'est le cas pour les autres institutions. Car l'un des points de convergence de toutes les commissions, c'est qu'elles élaborent les budgets qui sont ensuite soumis au gouvernement pour décision.
par Paulin N. Zobo
Focus : Divergences entre anglophones et francophones
Mathias Hounkpe a fait d'emblée ressortir que depuis la fin des années 1980, la plupart des pays africains ont adopté les élections compétitives comme mode de partage du pouvoir. Deux grands axes ont été dégagés: le statut des commissions électorales et l'organisation, la préparation et la conduite des élections. Dans le premier cas, Mathias Hounkpe a indiqué que dans aucun des 7 pays, le pouvoir exécutif n'a la prérogative dans la gestion des élections. Au Cap-Vert par exemple, elle est partagée entre l'Etat et un organe indépendant. Quand dans les 6 autres pays, cela relève exclusivement d'une commission indépendante. Si elles ont un fondement juridique (commun), il y a cependant de grandes différences selon la langue et même des spécificités selon les pays. Ainsi, dans les pays anglophones, la Commission électorale (CE) est prévue dans la Constitution et c'est elle qui enregistre les partis politiques et suit leur fonctionnement et la gestion financière. Alors que dans les pays francophones, la CE est prévue seulement dans le code électoral et n'intervient ni dans l'enregistrement des partis politiques ni dans le suivi de leur fonctionnement. S'agissant de leur organisation, l'expert a fait remarquer que les CE francophones sont pléthoriques avec plus de 15 membres et admettent une sorte de permanence alors que les CE anglophones comptent 5 membres et sont permanentes. Au chapitre de la préparation des élections, les grandes différences se situent au niveau du découpage électoral dans lequel les CE des pays francophones n'interviennent pas alors que dans les pays anglophones, ce sont elles qui établissent le découpage électoral tout comme elles assurent presque entièrement le contrôle des partis. L'expert sénégalais, Madior Fall, situe la période de l'apprentissage des élections- réconciliation avec la civilisation démocratique à 1990 et considère que les élections libres, transparentes et non contestées sont la base de la démocratie. Cela passe par trois étapes: la transition, la consolidation (qui concerne l'Afrique) et la routinisation. Il constate également que l'élection est le premier facteur conflictogène, en dépit des solutions nationales et régionales. A la question de savoir s'il existe une structure idéale; il rétorque: Pas de réponse!. Même si les pays recourent le plus souvent à une commission électorale. Le statut des structures dépend à la fois, a-t-il dit, de l'histoire de la démocratisation, de la tradition juridique et des rapports de forces politiques. A ce niveau, il conseille de trouver un équilibre entre l'arbitraire présidentiel (pouvoir de nomination) et la guérilla. Quant au fonctionnement de la structure, Fall conclut qu'il faut concilier deux exigences: l'indépendance financière et la rationalisation des ressources financières.
P. N. Zobo
Plan d'action pour les 2 années à venir
I. Harmonisation des structures et principes de gestion des élections
Objectifs :
- Contribution à la détermination des critères d'organisation et de fonctionnement des CE
Favoriser dans chaque Etat l'établissement de CE indépendantes
- Contribution à la clarification des principes de gestion des élections
Activités:
- Etudes et atelier sur l'harmonisation des structures
- Visites de plaidoyer pour les élections prévues
- Capitalisation / Evaluation des expériences en matière électorale
- Etudes et atelier sur les bonnes pratiques
Responsable:
Secrétariat ECONEC
II. Introduction des TIC dans le processus électoral
Objectifs :
- Détermination de toutes les possibilités d'introduction des TIC dans le processus électoral
- Renforcement des capacités en matière des TIC des Commissions Electorales
Activités:
- Etudes sur l'intégration des TIC dans la gestion des élections
- Formations du personnel technique des CE en matière d'utilisation des TIC
- Ateliers de partage d'expériences en matière de fiabilisation du fichier électoral
Responsable:
Secrétariat ECONEC
III. Sécurisation du processus électoral
Objectifs:
- Réduire les risques de fraude à tous les niveaux du processus électoral
- Responsabilité des services de sécurité
- Créer un cadre de concertation des partis politiques
Activités:
- Information, éducation et communication de tous les acteurs (y compris les forces armées et services de sécurité)
- Etude sur l'implication des forces armées et des services de sécurité dans la sécurisation du processus électoral
Responsable:
Secrétariat ECONEC
IV. Renforcement des capacités des acteurs clés impliqués dans la gestion des élections
Objectifs:
- Renforcer les capacités des partis politiques à contribuer au processus électoral
- Education civique
- Renforcer les capacités de la société civile
Activités:
- Information, éducation de tous les acteurs impliqués dans le processus électoral
- Vulgarisation de la législation en matière électorale (partage d'expériences, formation de la société civile)
Responsable:
Secrétariat ECONEC
V. Financement des élections
Objectifs:
- Rationalisation des coûts
- Inscription budgétaire des activités de la CE
- Mutualisation du matériel électoral dans la sous-région
Activités:
- Renforcement des capacités en matière d'élaboration des budgets
- Reddition des comptes
- Détermination de modèles d'autonomie financière
- Gestion du matériel électoral
- Création des zones de dépôt du matériel électoral
Responsable :
Secrétariat ECONEC
Abidjan, 12-13 Août 2008
Repères
Création. L'Unité d'assistance électorale (Uae) de la Cedeao et le Réseau des commissions électorales (Econec), créées respectivement en juillet 2006 et février 2008 à Bamako au Mali, sont les instruments devant permettre de trouver des solutions aux disparités dans les pratiques électorales . Participants. Les présidents de commissions: Tapsoba Michel (Burkina Faso), Ben Sékou Sylla (Guinée), Malam Mane (Guinée- Bissau), Dr Christiana Thorpe (Sierra Leone), Mohamed Charles (Côte d'Ivoire, conseiller du président). Fes: Jens Hettmann (coordonnateur des projets de politique de sécurité pour l'Afrique de l'Ouest) et son successeur, Sebastian Sperling, Tililope Ayayi, chargé de programme. Cedeao: Francis Oké, chef Uae et colonel Mahamane Touré, commissaire aux affaires politiques, de paix et de sécurité. Don. La Commission de la Cedeao a offert la somme de 220 millions de Fcfa le 14 août, à la CEI de Côte d'Ivoire comme contribution à la mise en ?uvre du processus électoral. Activités. L'Uae a eu comme activités: l'assistance financière, (Côte d'Ivoire, Guinée, Guinée Bissau), l'assistance en équipement (Sierra Leone), des missions exploratoires (Sénégal, Nigeria, Mali, Sierra Leone, Togo, Bénin), des missions d'observation, (Sénégal, Nigeria, Mali, Sierra Leone, Togo, Bénin), une mission d'observation sécuritaire (Togo) ; l'organisation de la première rencontre des structures de gestion des élections des Etats membres de la Cedeao, l'organisation de l'atelier sur le financement des élections, etc. Michel Moussa Tapsoba, président du Comité de pilotage et président de la Commission électorale du Burkina Faso : Les commissions électorales doivent être indépendantes de l'exécutif? La mise en place du Comité de pilotage du réseau des commissions électorales de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) est-elle une volonté des Chefs d'Etat ou des acteurs du processus électoral. À quel besoin répond-il ?Le besoin de se concerter, de partager nos expériences sont les motifs principaux qui ont amené les Commissions des pays membres de la Cedeao à se retrouver et créer ce réseau. Certes, cela se fait aussi en conformité avec les objectifs que poursuit la Cedeao, notamment en matière de bonne gouvernance et de démocratie. Comment comptez-vous collaborer avec la Cedeao puisque vous n'êtes pas une structure formelle? Allez-vous fonctionner comme une structure de proposition?
Nous ne sommes pas un organe de la Cedeao. Nous sommes une structure formelle mais qui regroupe les Commissions électorales. C'est la Cedeao qui assure le secrétariat de nos réunions. Nous n'avons pas de siège ni de personnel propre au réseau. Nous avons donc besoin de son soutien. Par ailleurs, nous savons que la Cedeao a pour objectif le renforcement de la démocratie dans nos différents pays; et comme les structures en charge des élections sont également au centre de la démocratisation de nos pays, nous nous adossons à elle pour mener nos activités. Mais nous ne sommes pas un organe de la Cedeao et nous ne recevons pas d'instructions d'elle.
Peut-elle prendre en compte vos recommandations? Cela se fera-t-il sous forme de lobbying ou de simples avis à transmettre à la Commission de la Cedeao?
La Cedeao, c'est d'abord les Etats ; il y a certes la Commission mais ce sont les Etats qui fondent la Cedeao. Donc quand nous nous retrouvons et que nous avons des recommandations à faire prendre par la Cedeao, nous nous adressons à nos différents Etats qui y sont représentés et tiennent des réunions ministérielles et de Chefs d'Etat. Et cela est discuté au niveau des différentes instances de la Cedeao. Comment êtes-vous organisés puisque le Comité n'a pas de siège?
L'Unité d'assistance électorale de la Cedeao assure le secrétariat de l'union. C'est théoriquement le siège de notre réseau. Mais il faut dire que nous sommes des Commissions électorales donc des institutions dans nos pays, avec chacun un siège. Donc nous travaillons ensemble et nous échangeons les informations sans problème. Nous n'avons pas de problème de siège d'autant que nous n'avons pas besoin de personnel particulier. Les questions de sécurisation et de financement des processus électoraux apparaissent comme des urgences en Afrique. Comment comptez-vous travailler pour mobiliser les financements de manière à les rendre pérennes et garantir la sécurité quand l'on sait que vous n'êtes pas des Etats?
Il faut d'abord qu'en élaborant les budgets pour faire face aux processus électoraux, nous prenions en compte l'aspect sécurité. Parce qu'il en est un élément. Nous le prenons en compte, après concertation avec les services en charge de la sécurité dans nos différents pays. Les budgets, comme dans tous les pays, sont soumis au gouvernement qui recherche les ressources pour faire face aux besoins du processus électoral. Mais il ne s'agit pas seulement de financement; encore faut-il savoir les missions que nous voulons confier aux services de sécurité. Il est donc bon qu'au niveau de nos différents pays, la démarche soit la même. Nos réunions visent donc à partager nos expériences. Si par exemple, nous estimons que ce qui est fait au Burkina Faso est bon, nous partageons cette expérience avec les autres Commissions. Tout comme s'il y a une expérience porteuse au niveau du Bénin, du Niger, nous nous la partageons et nous voyons de quelle manière faire face à tous ces problèmes. En période électorale, tous les aspects liés au processus électoral relèvent des Commissions, même les questions de sécurité. Parce que la sécurité ne se déploie pas sur le terrain, dans les bureaux de vote, toute seule ; c'est à la demande des Commissions. Et ce sont elles qui déterminent les termes de référence pour la sécurité. Mais nous voulons que les approches soient les mêmes dans les différents pays et nous prenons en compte les expériences les plus porteuses.
Vous avez certainement fait l'état des lieux des différentes structures. Dans les 15 pays
membres de la Cedeao, existe-t-il des Commissions électorales véritablement indépendantes?
La notion d'indépendance peut être variable. Il faut, d'abord, que les textes permettent à la Commission d'être indépendante. Et ce n'est pas la Commission qui les élabore mais l'Etat, les législateurs des différents pays. Ensuite, il y a le personnel des Commissions. L'indépendance, c'est d'abord dans les esprits et non seulement les textes. Vous pouvez avoir les plus beaux textes mais si vous n'êtes pas capable de défendre votre indépendance, vous ne l'aurez pas. Donc toutes les fois qu'une structure mise en place dans un Etat conduit un processus électoral et qu'à l'issue des élections, il n'y a pas de récriminations majeures, nous pensons que la Commission a pu travailler en toute indépendance. Nous avons fait la typologie des différentes structures en charge des élections dans les 15 pays et nous trouvons beaucoup de variantes. Il y a des Commissions électorales qui assument l'entièreté du processus électoral depuis l'enregistrement des électeurs jusqu'à la proclamation des résultats. Nous avons également des Commissions qui se chargent simplement de superviser le travail fait par l'administration. Tout comme nous avons des situations, comme en Guinée, où la Commission co-organise les élections avec l'administration. Notre ambition, c'est de faire en sorte que nous aboutissions à une seule façon d'organiser les élections dans les différents pays. C'est-à-dire la mise en place de structures indépendantes. Cela figure dans le protocole additionnel de la Cedeao sur la bonne gouvernance et la démocratie. Qui stipule que les Etats doivent mettre en place des structures différentes de l'exécutif pour l'organisation des élections. C'est dire que l'harmonisation que vous visez doit aboutir à la mise en place de Commissions électorales indépendantes?
Des Commissions électorales indépendantes de l'exécutif. Que ça s'appelle Commission électorale indépendante autonome, au Commission électorale tout court; l'essentiel est que ce soit indépendant de l'exécutif. Que ce ne soit pas le ministre de l'Intérieur qui organise les élections parce qu'il devient en ce moment juge et partie. La question de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication est diversement appréciée. Certains ont des appréhensions quand d'autres estiment que c'est une voie moderne qui doit être utile pour l'Afrique. Que pensez-vous de la publication de la liste électorale sur Internet?
On n'arrête pas le progrès. Nous savons que les véhicules, les avions, les trains, etc. font des accidents; mais sous sommes obligés de les emprunter. C'est la même chose avec les Tic; nous pouvons travailler beaucoup plus rapidement, aujourd'hui, et nous n'allons pas nous en priver. Il y a des pays où le vote se fait de façon électronique. Ainsi dès qu'une personne a exprimé son suffrage, à la même seconde, les données sont centralisées. Si bien qu'à la clôture du scrutin, tous les résultats sont disponibles. Je pense que c'est un avantage et que personne n'a à attendre anxieusement la publication des résultats. Evidement, nous n'en sommes pas encore là mais nous ne pouvons pas refuser d'aller dans le sens du progrès. Et c'est tout à fait naturel aussi qu'il y ait des appréhensions parce que l'on a toujours peur de ce que l'on ne connaît pas. Il appartient bien sûr à ceux qui sont chargés d'opérer dans ce domaine, de l'expliquer davantage pour rassurer les citoyens. La mise en place du Comité de pilotage du réseau des commissions électorales de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) est-elle une volonté des Chefs d'Etat ou des acteurs du processus électoral. À quel besoin répond-il ?
Le besoin de se concerter, de partager nos expériences sont les motifs principaux qui ont amené les Commissions des pays membres de la Cedeao à se retrouver et créer ce réseau. Certes, cela se fait aussi en conformité avec les objectifs que poursuit la Cedeao, notamment en matière de bonne gouvernance et de démocratie. Comment comptez-vous collaborer avec la Cedeao puisque vous n'êtes pas une structure formelle? Allez-vous fonctionner comme une structure de proposition?
Nous ne sommes pas un organe de la Cedeao. Nous sommes une structure formelle mais qui regroupe les Commissions électorales. C'est la Cedeao qui assure le secrétariat de nos réunions. Nous n'avons pas de siège ni de personnel propre au réseau. Nous avons donc besoin de son soutien. Par ailleurs, nous savons que la Cedeao a pour objectif le renforcement de la démocratie dans nos différents pays; et comme les structures en charge des élections sont également au centre de la démocratisation de nos pays, nous nous adossons à elle pour mener nos activités. Mais nous ne sommes pas un organe de la Cedeao et nous ne recevons pas d'instructions d'elle.
Peut-elle prendre en compte vos recommandations? Cela se fera-t-il sous forme de lobbying ou de simples avis à transmettre à la Commission de la Cedeao?
La Cedeao, c'est d'abord les Etats ; il y a certes la Commission mais ce sont les Etats qui fondent la Cedeao. Donc quand nous nous retrouvons et que nous avons des recommandations à faire prendre par la Cedeao, nous nous adressons à nos différents Etats qui y sont représentés et tiennent des réunions ministérielles et de Chefs d'Etat. Et cela est discuté au niveau des différentes instances de la Cedeao. Comment êtes-vous organisés puisque le Comité n'a pas de siège?
L'Unité d'assistance électorale de la Cedeao assure le secrétariat de l'union. C'est théoriquement le siège de notre réseau. Mais il faut dire que nous sommes des Commissions électorales donc des institutions dans nos pays, avec chacun un siège. Donc nous travaillons ensemble et nous échangeons les informations sans problème. Nous n'avons pas de problème de siège d'autant que nous n'avons pas besoin de personnel particulier. Les questions de sécurisation et de financement des processus électoraux apparaissent comme des urgences en Afrique. Comment comptez-vous travailler pour mobiliser les financements de manière à les rendre pérennes et garantir la sécurité quand l'on sait que vous n'êtes pas des Etats?
Il faut d'abord qu'en élaborant les budgets pour faire face aux processus électoraux, nous prenions en compte l'aspect sécurité. Parce qu'il en est un élément. Nous le prenons en compte, après concertation avec les services en charge de la sécurité dans nos différents pays. Les budgets, comme dans tous les pays, sont soumis au gouvernement qui recherche les ressources pour faire face aux besoins du processus électoral. Mais il ne s'agit pas seulement de financement; encore faut-il savoir les missions que nous voulons confier aux services de sécurité. Il est donc bon qu'au niveau de nos différents pays, la démarche soit la même. Nos réunions visent donc à partager nos expériences. Si par exemple, nous estimons que ce qui est fait au Burkina Faso est bon, nous partageons cette expérience avec les autres Commissions. Tout comme s'il y a une expérience porteuse au niveau du Bénin, du Niger, nous nous la partageons et nous voyons de quelle manière faire face à tous ces problèmes. En période électorale, tous les aspects liés au processus électoral relèvent des Commissions, même les questions de sécurité. Parce que la sécurité ne se déploie pas sur le terrain, dans les bureaux de vote, toute seule ; c'est à la demande des Commissions. Et ce sont elles qui déterminent les termes de référence pour la sécurité. Mais nous voulons que les approches soient les mêmes dans les différents pays et nous prenons en compte les expériences les plus porteuses.
Vous avez certainement fait l'état des lieux des différentes structures. Dans les 15 pays
membres de la Cedeao, existe-t-il des Commissions électorales véritablement indépendantes?
La notion d'indépendance peut être variable. Il faut, d'abord, que les textes permettent à la Commission d'être indépendante. Et ce n'est pas la Commission qui les élabore mais l'Etat, les législateurs des différents pays. Ensuite, il y a le personnel des Commissions. L'indépendance, c'est d'abord dans les esprits et non seulement les textes. Vous pouvez avoir les plus beaux textes mais si vous n'êtes pas capable de défendre votre indépendance, vous ne l'aurez pas. Donc toutes les fois qu'une structure mise en place dans un Etat conduit un processus électoral et qu'à l'issue des élections, il n'y a pas de récriminations majeures, nous pensons que la Commission a pu travailler en toute indépendance. Nous avons fait la typologie des différentes structures en charge des élections dans les 15 pays et nous trouvons beaucoup de variantes. Il y a des Commissions électorales qui assument l'entièreté du processus électoral depuis l'enregistrement des électeurs jusqu'à la proclamation des résultats. Nous avons également des Commissions qui se chargent simplement de superviser le travail fait par l'administration. Tout comme nous avons des situations, comme en Guinée, où la Commission co-organise les élections avec l'administration. Notre ambition, c'est de faire en sorte que nous aboutissions à une seule façon d'organiser les élections dans les différents pays. C'est-à-dire la mise en place de structures indépendantes. Cela figure dans le protocole additionnel de la Cedeao sur la bonne gouvernance et la démocratie. Qui stipule que les Etats doivent mettre en place des structures différentes de l'exécutif pour l'organisation des élections. C'est dire que l'harmonisation que vous visez doit aboutir à la mise en place de Commissions électorales indépendantes?
Des Commissions électorales indépendantes de l'exécutif. Que ça s'appelle Commission électorale indépendante autonome, au Commission électorale tout court; l'essentiel est que ce soit indépendant de l'exécutif. Que ce ne soit pas le ministre de l'Intérieur qui organise les élections parce qu'il devient en ce moment juge et partie. La question de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication est diversement appréciée. Certains ont des appréhensions quand d'autres estiment que c'est une voie moderne qui doit être utile pour l'Afrique. Que pensez-vous de la publication de la liste électorale sur Internet?
On n'arrête pas le progrès. Nous savons que les véhicules, les avions, les trains, etc. font des accidents; mais sous sommes obligés de les emprunter. C'est la même chose avec les Tic; nous pouvons travailler beaucoup plus rapidement, aujourd'hui, et nous n'allons pas nous en priver. Il y a des pays où le vote se fait de façon électronique. Ainsi dès qu'une personne a exprimé son suffrage, à la même seconde, les données sont centralisées. Si bien qu'à la clôture du scrutin, tous les résultats sont disponibles. Je pense que c'est un avantage et que personne n'a à attendre anxieusement la publication des résultats. Evidement, nous n'en sommes pas encore là mais nous ne pouvons pas refuser d'aller dans le sens du progrès. Et c'est tout à fait naturel aussi qu'il y ait des appréhensions parce que l'on a toujours peur de ce que l'on ne connaît pas. Il appartient bien sûr à ceux qui sont chargés d'opérer dans ce domaine, de l'expliquer davantage pour rassurer les citoyens.
Interview réalisée par Paulin N. Zobo