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La Côte d'Ivoire est dans une mauvaise passe malgré le courage et les efforts de Laurent Gbagbo pour la sauver de la banqueroute. Et dans cette ambiance sociale morose, quelques illuminés à la mémoire obstruée par la lutte partisane ont retrouvé de la voix. Ils cherchent un bouc émissaire chez le voisin, heureux qu'ils sont de sucer les os dans les ripailles de ceux qui ont pourri leur pays. Or, la vérité est là !
Avec des fortunes diverses, les transporteurs sont au front. En grève. Depuis trois jours, ils manifestent contre les dernières augmentations des prix du carburant. Le mouvement va crescendo et l'on annonce son accentuation avec la grève projetée, pour jeudi prochain, par la centrale syndicale de l'Union générale des Travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI) contre la cherté de la vie. Le lundi 7 juillet, en effet, le prix du litre d'essence dite super sans plomb est passé de 616 à 796 FCFA (+180 F d'augmentation) ; ceux du gas-oil de 545 à 785 FCFA (+240), du pétrole lampant de 470 à 550 FCFA (+80) et du gaz domestique (butane) de 3500 à 4500 FCFA la bouteille de 12,5 kilogrammes, la plus consommée (+1000 FCFA d'augmentation).
Pour faire avaler la pilule qui, il faut le reconnaître, est très amère, le gouvernement est entré rapidement en négociation avec les transporteurs en leur donnant des prix indicatifs maximums à appliquer sur les augmentations de tarifs de transport. Il s'agissait de conjuguer les efforts pour empêcher un taux d'inflation sauvage. Mais très rapidement aussi, les transporteurs ont réalisé, à entendre les responsables de leurs organisations syndicales, qu'ils roulent à vide : les usagers n'arrivent pas à supporter les augmentations prescrites par le gouvernement et les négociations entre chauffeurs et passagers dans les véhicules de transport en commun frôlent souvent la bagarre. Il s'est donc instauré entre l'exécutif d'une part, et les transporteurs et associations de consommateurs d'autre part, un pernicieux dialogue de sourds : aux membres du gouvernement dépêchés sur le plateau de la télévision nationale pour expliquer, avec une rare patience, que les augmentations opérées, découlant d'un phénomène mondial, l'ont été sous la contrainte et pour la survie de la nation, transporteurs et consommateurs ont opposé le cri de faim des membres de la corporation et des populations. Et depuis deux jours, en attendant, disent-ils, une apaisante intervention du président de la République qui sait écouter son peuple, les transporteurs sont en train de réussir la paralysie de nos villes par leur grève déclanchée pour exiger la diminution des augmentations de prix des denrées de première nécessité.

Les bourreaux en joie

Comme il fallait s'y attendre, certains opposants ivoiriens et leurs supporteurs sont en joie face à la détresse des Ivoiriens. M. Marius Comoé, président d'une fédération de consommateurs, a beau rappeler, même équilibriste à l'excès, que ces opposants sont aussi coupables que le Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir) des malheurs du peuple ivoirien, ces derniers n'en ont cure. Pour eux, si le navire Probo Koala a déversé des déchets toxiques à Abidjan, si le phénomène mondial de la hausse des prix touche la Côte d'Ivoire, si la filière café-cacao est secouée par des scandales financiers, si les Ivoiriens souffrent, c'est parce que le FPI est un régime pourri ! (Le Patriote des samedi 12 et dimanche 13 juillet 2008).
Dans ce raccourci, de bien curieux procureurs politiques ont retrouvé de la voix. C'est le cas de M. Jean Michel Moulod (PDCI), ancien directeur général du Port autonome d'Abidjan, actuel maire de Grand-Bassam. L'homme, en période de quiétude - par paresse ou par incompétence ? - n'a pas fait réaliser plus 16 millions de tonnes de marchandises au port ivoirien, là où Marcel Gossio (FPI), en pleine crise, franchit la barre des 21 millions de tonnes aujourd'hui. Mais M. Moulod a conservé suffisamment d'énergie pour laisser entendre, de nos jours, que le FPI a eu sa chance, il a mis le pays par terre? (Le nouveau Réveil du 14 juillet 2008). Quelle chance le régime, qui n'a gouverné que 17 mois avant d'être attaqué et d'être encerclé par les chacals, a-t-il eue là où le PDCI-RDA et son champion ont pris six ans de paix, juste pour voler et chasser les bailleurs de fonds en 1998 ? Comment ne pas réagir face à tant d'enfantillages et de contrevérités ?

Après Affi N'Guessan, le chaos !

En réalité, les Ivoiriens n'ont pas la mémoire courte. En ces moments de douleur et de lamentations causées par la réduction drastique de leurs pouvoirs d'achat, ils se souviennent, comme si c'était hier, des premiers pas prometteurs de l'actuel chef de l'Etat. Après seize (16) mois de gouvernance, en effet, le premier gouvernement de Laurent Gbagbo, sous la houlette du Premier ministre Pascal Affi N'Guessan (janvier 2000 - septembre 2002), avait annoncé, de façon claire et audible pour tous, que les salaires des fonctionnaires, dont les avancements étaient bloqués jusque-là depuis plus de 20 ans, allaient être débloqués dès janvier 2003. En clair, le Premier ministre FPI, conduisant un gouvernement d'ouverture mais responsable, cohérent et respectueux des institutions de la République, s'était déclaré en mesure d'opérer des augmentations de salaires en deux années de pouvoir. Le président n'avait-il pas pris le pari d'enrichir les Ivoiriens, Houphouet ayant enrichi la Côte d'Ivoire ? Cela signifie que :
Primo : Après 16 mois d'intense travail pour le bonheur des Ivoiriens, Affi N'Guessan et son gouvernement, appliquant le programme de gouvernement du FPI et de Laurent Gbagbo, entrevoyaient des perspectives sociales fantastiques pour notre pays. Sous Affi N'Guessan, personne ne parlait de détournement et de déchets toxiques. Chaque petite friction dans la filière café-cacao en restructuration était rapidement réglée puisque le président de la République, son Premier ministre et leurs ministres étaient, en ces temps-là, tous concentrés sur les mêmes objectifs ;
Secundo : Parti d'un budget de 1500 milliards de FCFA en 2001, porté, sans appui extérieur, à plus de 1900 milliards en 2002, le gouvernement d'Affi N'Guessan entrevoyait, entre 2003 et 2004, un budget de 2800 à 3000 milliards FCFA. Or, avec 1900 milliards de FCFA de budget, le régime FPI avait corrigé les injustices créées par MM. Ouattara (salaires à double vitesse chez les enseignants) et Bédié (Affaire de la Carena).
Laurent Gbagbo avait aussi résolu les disparités sala-riales, dans le corps des agents de sécurité, entre militaires et policiers. Il avait projeté de régler le problème du statut du corps préfectoral :
Tertio : Dans la perspective la plus pessimiste, même avec un budget minimal de 2800 milliards attendu dès 2003, le gouvernement de Pascal Affi N'Guessan entendait dégager, ne serait-ce que 800 milliards FCFA chaque année, pour accroître le pouvoir d'achat des Ivoiriens suivant au moins trois axes d'actions : le décrochage des salaires et/ou leur augmentation, le recrutement de plus de diplômés à la Fonction publique et la création de plus d'emplois annexes. Cela était d'autant plus possible qu'avec son admissibilité annoncée pour novembre - décembre 2002 au programme des pays pauvres très endettés (PPTE), sur sa dette extérieure, la Côte d'Ivoire allait arrêter de payer 700 milliards FCFA par an. Cette somme aurait été destinée à la lutte contre la pauvreté et pour le développement, dans le cas de l'assistance des institutions de Bretton Woods (Banque mondiale, FMI) ;
Quarto : Si les salaires avaient été débloqués et augmentés, si le régime FPI avait pu recruter de nouveaux fonctionnaires et créer de nouveaux emplois, supporter aujourd'hui des augmentations de prix de 240 à 1000 FCFA, ce serait avérer moins crucial, peut-être même banal. Les Ivoiriens, connus pour leur bonne humeur, avec un peu plus de moyens, auraient développé plus de solidarité et d'entre-aide pour traverser la mauvaise passe.
Enfin, par comparaison et pour notre souvenir, retenons qu'en trois ans de gouvernance (1990-1993), le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara n'avait réussi qu'à introduire la plus criante injustice au monde dans une administration : les salaires à double vitesse à la Fonction publique ivoirienne. Quant au président Bédié et son régime, en six ans de succession à Houphouet-Boigny, ils ont réussi l'étrange challenge de chasser les bailleurs de fonds par les scandales financiers au Trésor (Affaire Roger Nasra) et ailleurs (Affaire des 18 milliards de FCFA d'aide de l'Union européenne), avant de se faire renverser par M. Alassane Dramane Ouattara.
L'impossible réhabilitation des bourreaux
Bref, les responsables de tous ces rendez-vous ratés par Pascal Affi N'Guessan pour le bien-être des Ivoiriens sont connus. Ce sont ces hommes et femmes, coalisés dans le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), dirigés par MM. Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Après avoir détruit tout l'héritage d'Houphouet par leur sauvage lutte de succession, ils se sont réveillés un matin, ont payé des armes, armé de jeunes mains peu averties pour réaliser un coup d'Etat. Le 19 septembre 2002, ils ont attaqué et balafré leur pays. Ils ont empêché le gouvernement de Pascal Affi N'Guessan de travailler au bonheur de tous. Puis, réunis à Linas-Marcoussis (France), sous la dictée de leur parrain, le président Jacques Chirac, ils ont dépecé leur pays comme un gibier. Chacune de leurs formations politiques et alliées s'est adjugé une part deministère. Chaque ministre travaillait pour lui-même et pour son parti.
Depuis mars 2003, de Seydou Elimane Diarra à nos jours, c'est la course à l'argent au détriment des Ivoiriens. Le gouvernement n'a plus de cohésion.
En vérité, il n'y a plus de gouvernement. Gbagbo travaille-t-il à redresser le pays, la plupart des mi-nistres RHDP travaillent à le déséquilibrer pour espérer, comme c'est démontré aujourd'hui, soulever le peuple contre lui. La désinstitutionalisation de l'Etat a permis l'introduction des déchets toxiques dans le pays. Le gouvernement bâtard de Charles Konan Banny n'y a rien vu. La réforme de la filière café-cacao a été abandonnée par les différents gouvernements de la même nature et la gestion des structures créées par Pascal Affi N-Guessan s'en est trouvée relâchée, sans suivi. Les réformes entamées dans les filières coton et anacarde, avec l'Autorité de régulation du coton et de l'anacarde (ARECA) créée par Affi N'Guessan, ont été stoppées par la guerre. Les paysans du Nord, producteurs de ces deux cultures, sont aujourd'hui sinistrés et personne ne s'en émeut. Oui, depuis le départ du gouvernement de Pascal Affi N'Guessan, le président Gbagbo est encerclé et lutte contre les chacals, contre le chaos.
Bref, ceux qui ont désorganisé l'Etat pour devenir présidents sont les bourreaux des Ivoiriens. Ils ne peuvent pas tirer profit d'une situation dont ils sont grassement coupables. Leurs hagiographes gagneraient à moins jubiler. Leurs tonitruantes agitations rappellent les Ivoiriens à ces frais souvenirs. Or, vaille que vaille, le peuple tente d'étouffer ces souvenirs. Au nom de la paix, il est tourné vers les élections dès le 30 novembre. Arbitre suprême de tous les actes, il est prêt à sanctionner, publiquement, les vraies organisations pourries. Qui ont gâté son pays.

César Etou cesaretou2002@yahoo.fr

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