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Le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) version Henri Konan Bédié a subi plusieurs mutations qui, à chaque fois, ont occasionné une saignée de ce parti au plan humain.
Tel un volcan qui libère ses larves après des convulsions, ce parti a vu ses cadres et principaux animateurs quitter le navire depuis 1994.
Certains se sont mis en congé de ce parti quand d'autres ont crée ou intégré de nouveaux mouvements politiques.
Ces départs (en masse quelques fois) correspondent globalement à trois phases.
Premièrement : la période de la prise du pouvoir par Henri Konan Bédié, successeur d'Houphouët Boigny, en 1994.
Deuxièmement : celle de du coup d'Etat de 1999 qui a vu la fuite du président Bédié et la prise du pouvoir d'Etat par le général Robert Guéi.
Troisièmement : l'irruption de la rébellion en septembre 2002.

Bédié, dauphin constitutionnel, prend le pouvoir

Après le décès de Félix Houphouët Boigny (premier président de la Côte d'Ivoire), en décembre 1993, Henri Konan Bédié prend le pouvoir conformément à la constitution ivoirienne.
Il était jusqu'à cette date président de l'Assemblée nationale et dauphin constitutionnel.
Il n'est pas en bonne intelligence, au moment des faits, avec le premier ministre Alassane Dramane Ouattara à qui il reprochait de vouloir lui ravir le poste de président de la république laissé vacant par le décès d'Houphouët.
Bédié, une fois aux commandes, est accusé de diriger de façon autocratique le parti que lui a laissé Houphouët Boigny et cela occasionne le départ de certains militants qui crée sous l'impulsion de feu Djéni Kobina, le Rassemblement Des Républicains (RDR) en septembre 1994. Alassane Dramane Ouattara, le parrain, en devient le président queqlues années plus tard.
Des militants du PDCI comme : Henriette Diabaté, Amadou Gon Coulibaly, Yacinthe Leroux, Adama Coulibaly Nibi Zana, Alexandre Ayié Ayié, Jean Malan, Jacqueline Lohouess Oble, Grah Claire tournent dos à ce parti. Du jour au lendemain.
Bédié, en dépit du feu qui couvait, n'a rien fait pour empêcher ces départs. Bien au contraire.

Les hommes forts du régime Bédié

Henri Konan Bédié est arrivé au pouvoir avec ses hommes. Des gens dont il avait fait la promotion quand il occupait diverses fonctions ou ses amis d'école. En tout cas, il s'est fait entouré de ses suiveurs selon son propre mot.
On compte également dans son équipe un faible pourcentage de personnalités qui ont pris position pour lui quand pendant son affrontement avec Alassane Ouattara pour la succession d'Houphouët. On citera pêle-mêle, Timothée Ahoua N'guetta, Emile Constant Bombet, Faustin Kouamé, Joseph Tanny, Paul Akoto Yao, Laurent Dona Fologo, Yangny N'Da Pierre (fondateur du fameux cercle national Bédié-CNB).
Timothée Ahoua N'guetta, ministre d'Etat chargé des Relations avec les institutions et le président Bédié ont travaillé tous les deux aux Etats-Unis.
Le premier a remplacé le second en 1966 au poste d'ambassadeur à Washington.
Durant le mandat de Bédié, ce ministre d'Etat chargé des Relations avec les institutions s'est montré fin négociateur et un bon facilitateur. Il a constamment contribué à faire baisser la tension avec l'opposition.
C'est lui qui a assisté le 18 septembre 1999 à la rencontre entre Konan Bédié et Alassane Ouattara au palais de Cocody.
M. Ahoua N'guetta était, pour certains, en réalité le numéro deux du régime.
Il était l'ami de tous les instants, le confident pendant les moments difficiles.
Emile Constant Bombet était, lui, ministre d'Etat, chargé de l'Intérieur et de la Décentralisation.
Il s'est distingué par le combat qu'il a mené, pour le compte du régime, contre Alassane Ouattara accusé de fraude sur la nationalité ivoirienne.
Faustin Kouamé, conseiller spécial du président pour les affaires juridiques fait partie de ceux qui sont allé au front afin de défendre le régime conte toutes les attaques d' exclusion et de xénophobie .
Quant au général Joseph Tanny et Akoto Yao, ils étaient respectivement secrétaire général du Conseil national de sécurité (CNS) et porte-parole du gouvernement.
Le général Tanny était chargé de protéger le régime et ses plus hautes personnalités à commencer par le chef de l'Etat. M. Laurent Dona Fologo, secrétaire général du PDCI était gardien du temple, de la doctrine houphouëtiste.
Toute cette organisation va s'écrouler dès l'éclatement du coup d'Etat de 1999 du général Robert Guéi.
Il dissout le gouvernement et met en place le Comité National de Salut Public (CNSP), sorte d'organe exécutif dont il était la tête de pont.
Bédié est contraint de quitter le pouvoir d'Etat et négocie son exfiltration vers la France via le Togo sans aucune pensée pour ses proches collaborateurs restés dans les griffes des militaires.
Timothée Ahoua N'guetta et Faustin Kouamé ont été royalement ignorés.
Emile Constant Bombet et Laurent Dona Fologo seront proprement rudoyés puis humiliés par les soldats à la solde de Guéi.
Akoto Yao et le général Tanny n'ont eu leur salut que grâce à la bonté de Guéi Robert.


Coup d'Etat, coup de grâce

Le général Robert Guéi gère une transition politique à la tête du CNSP qui va durer 10 mois. Les pontes du PDCI comme les principaux leaders de l'opposition sont en insécurité.
C'est dans cette période que Guéi tente de récupérer le PDCI.
Le secrétaire général Laurent Dona Fologo use d'astuces et évite que cela arrive.
Les dignitaires du PDCI et les militants organisent une convention le 12 août 2000, en l'absence de Bédié en France, afin de désigner un candidat pour l'élection présidentielle d'octobre. Après plusieurs tractations, Emile Constant Bombet est préféré à Konan Bédié, le candidat naturel .
Bédié maintient sa candidature sous la bannière de son parti et frustre bien entendu celui sur qui le choix des militants s'est porté.
Plusieurs candidatures seront maintenues au finish.
Le secrétaire général du PDCI, Laurent Dona Fologo qui estime avoir sauvé le parti des griffes des militaires postule pour le poste de la présidence. Un poste jusque-là réservé au successeur d'Houphouët Boigny.
Bédié refuse et lâche ses partisans (dont Konan Kouadio Bertin, président de JPDCI) contre Fologo qui n'aura pas gain de cause.
Tous ces fidèles au président Bédié sont tous frustrés à cause du manque de diplomatie et de l'ingratitude, prétendent t-ils, dont fait preuve leur leader.
Ils déplorent également l'absence de démocratie au sein du vieux parti et le tribalisme ambiant qui y règne.
Résultat : Timothée Ahoua N'guetta, Laurent Dona Fologo, Paul Akoto Yao, Faustin Kouamé, prennent leurs distances vis-à-vis du PDCI quand ils ne le quittent pas purement et simplement.

La rébellion est là, les départs aussi

Le 19 septembre 2002, une tentative de coup d'Etat contre le pouvoir de Laurent Gbagbo élu en 2000 s'est muée en rébellion.
Le PDCI d'Henri Konan Bédié gère cette nouvelle donne, de l'avis de nombreux militants, de manière maladroite.
Bédié et son clan prennent fait et cause pour la rébellion et sont même en bonne intelligence avec ses animateurs.
Le parti démocratique de Côte d'Ivoire est même en alliance avec la rébellion au sein de ce qu'on a appelé le G7. En plus, il est reproché à Bédié et son clan, leur incompétence et la gestion calamiteuse du parti.
Des cadres du parti n'arrivent pas à comprendre et contiennent à peine leur mécontentement. On assiste donc à une autre saignée du vieux parti.
Laurent Dona Fologo, entre temps devenu président du Conseil Economique et Social, fonde le Rassemblement Pour la Paix (RPP) en 2003.
C'est un mouvement pour le retour de la Paix en Côte d'Ivoire.
Mel Eg Théodore longtemps maire de la commune de Cocody pour le compte du PDCI n'est pas en reste.
Il opte désormais pour l'Union Démocratique Citoyenne de Côte d'Ivoire (UDCY).
Le 12 décembre 2004, Djibo Aya Martine, figure emblématique du PDCI à Bouaké, quitte le vieux parti. Elle crée le Parti pour l'Unité de la République de Côte d'Ivoire (PURCI).
A côté de ces cadres du parti qui ont créé des mouvements politiques, il y a d'autres qui ont intégré le Front Populaire Ivoirien (FPI), le parti au pouvoir.
C'est le cas Henriette Lagou, ministre du PDCI sous la transition politique.
Elle est surtout native de Daoukro, village de Bédié.
Autre fait : les compagnons d'Houphouët, se sont également désolidarisé de Bédié. Sans forcément renoncer à leur parti d'origine, ils se sont regroupés au sein du Mouvement pour la Défense des institutions républicaines (MDIR) ? un groupe d'action et de réflexion.
MDIR compte dans ses rangs : Dénis Bra Kanon, Auguste Daubrey, Hyacinthe Leroux, Vincent Pierre Lokrou, Alexise Gogoua, Tia Monnet, Oulaï Tiabas, Séri Gnoléba.
Toutes ces défections ont eu pour conséquence de priver le PDCI d'animateurs politiques de grands calibres dans de nombreuses régions de la Côte d'Ivoire.
Désormais, le PDCI est confiné dans la région de Daoukro et ses environs.
Le drame c'est que la direction du PDCI ne semble pas avoir encore tiré les enseignements de cette saignée.

Serge Armand Didi sardidi@yahoo.fr

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