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Réalisatrice du téléfilm " Mon village " qui a été diffusé en dents de scie sur les antennes de la RTI 1ère chaîne en 2006-2007, Singo Suzane dit Dent De Man est très remontée contre la direction de la RTI. Dans une interview accordée à "Le Repère", le lundi 10 mars dernier, l'ex-collaboratrice de Léonard Groguhet déballe tout. Le traitement réservé aux réalisateurs ivoiriens, la mort en cascade des artistes, la crise Burida-UNARTCI.

Combien vous a coûté le film "Mon village" et quels ont été tes efforts personnels dans la production ?
A ce jour, avec mes propres moyens, je suis déjà à 40 millions. Sans l'aide des amis. C'est les personnes chez qui je suis allée pleurer à chaudes larmes qui m'ont un peu aidée. Tu sais que dans la vie, il n'est pas intéressant d'aller toujours tendre la main. On s'humilie souvent en demandant régulièrement. Quand mon film a commencé à être diffusé les vendredis, les sponsors ont commencé à s'y intéresser. Et c'est à ce moment-là que les gens ont déplacé le jour de diffusion. De vendredi c'est passé à dimanche à 11 heures. Tous les producteurs et les maisons de communication savent qu'un film qui change constamment ses jours de diffusion ou les heures, les sponsors ne s'y intéressent pas. A chaque fois, on balance mes dates de diffusion. Ce qui n'arrange pas les sponsors. Au finish, il y a Mme Adèle Djédjé qui m'a appelée pour qu'on programme le film à 18h 30. Et elle a ajouté qu'elle voudrait mettre toutes les séries à 18h30 sur toute la semaine. En décembre 2007, le contrat est arrivé à terme. Elle nous a réunis. Réunion à laquelle il y avait tous les producteurs. Vous pouvez appeler certains producteurs, ils vont en témoigner. La RTI a reconnu que les programmes les intéressaient et ensemble on a arrêté quelque chose. Aujourd'hui, il semble qu'on octroie des fonds à la production. Je n'en crois pas mes yeux.

La série "Mon village" a été suspendue de diffusion. Peut-on avoir les raisons ?
Effectivement, "Mon village" n'est plus diffusé depuis décembre-janvier. Le contrat était arrivé à son terme. Ensuite, on a été rappelé. Et on m'a remis un précontrat dans lequel figure le Prime time et le prêt à diffuser (PAD). Dans le prime time, je dois payer environ 1 million et pour le PAD, je dois payer près de 700.000 Fcfa pour chaque diffusion par semaine. C'est le service juridique qui nous a remis ces précontrats. Et après, on va chez la directrice de la Première et au service commercial pour discuter. Même si, moi, j'ai 150.000 Fcfa ou 200.0000 Fcfa, je ne pourrai pas payer. Parce que je préfère prendre cet argent pour aller louer du matériel pour effectuer au moins 4 jours de tournage. Tenez-vous bien, quand il s'agit des films étrangers (des productions venues d'ailleurs), ils sont diffusés sans problème. Mais pour nous, il y a problème. Et on est souvent obligé de nous humilier pour faire plaisir à notre public. Aller s'agenouiller aux pieds des autres. Et comme si tout cela ne suffisait pas, on continue à nous demander des montants que visiblement on ne peut pas avoir. Où trouver par exemple 52 millions par an comme on me le demande. N'est-ce pas là une manière de nous contraindre à la prostitution afin de pouvoir diffuser nos films ? Mais, si tel est le cas, moi, je suis désolée. Cela pourrait facilement conduire les moins patients à s'attraper le sida. Puisqu'il suffit qu'un gourou porteur du Vih vous tende par exemple 100 millions FCFA. Voulant absolument atteindre votre objectif, vous allez céder et la suite sera certainement triste. Alors, qu'on nous facilite la tâche, qu'on nous encourage à pouvoir vivre de notre art sans forcément tendre la main à quelqu'un. Cela nous éviterait beaucoup de risques.

Est-ce que dans le premier contrat, il était dit qu'on devrait te diffuser gratuitement ?
A la signature de mon premier contrat, j'ai eu à payer 1 million francs comme avance sur la recette publicitaire. Et le contrat disait aussi que si j'obtenais un sponsor, j'aurais droit à 60% des recettes du sponsoring et la RTI à 40%. Et si c'est la RTI qui trouve le sponsor, elle prend 60% et moi 40%. Avec ces pourcentages, on peut discuter avec le DG ou le directeur commercial. Souvent même, on peut faire moitié-moitié.

La RTI ne t'avait-elle promis une diffusion gratuite de ton film au cas où tu le réalises à tes propres frais ?
Dans la création du PAD, depuis 5 ans, sous Georges Aboké, il n'y avait pas d'argent à payer. Il y avait une commission qui visualisait le film et si le film était bon on vous diffusait gratuitement. Et lorsqu'un sponsor s'intéressait au produit, c'était la redevance du sponsor que la RTI partageait avec le producteur. Ce qui nous choque aujourd'hui c'est le fait de passer à une diffusion gratuite avec à l'appui un sponsor à une obligation de payer un million.

Il y a vos devanciers comme Akissi Delta et bien d'autres qui ont été victimes de la même pratique. Et Dent De Man s'est entêtée. Tu ne devrais donc pas être étonnée de ce qui t'arrive. D'autant que tu as vu Akissi Delta pleurer à l'hôtel du district devant un grand public.
Le commerçant du quartier est toujours dans sa boutique. Et chaque fois, il vous dit que les affaires ne marchent pas. Mais, il ne met jamais la clé sous le paillasson. C'est par amour que nous exerçons notre métier. On aime notre métier. On sait que c'est très dur, mais on avance quand même. On ne doit pas se décourager. Nous sommes en train de réfléchir pour que le cinéma soit aujourd'hui une industrie. Le Nigeria est en Afrique de l'ouest le premier en matière de cinéma. Donc, nous voulons tendre vers le niveau en matière de cinéma de ce pays. Mais, on ne veut pas que les gens marchent sur nous. Je peux me débrouiller pour réunir des fonds pour un cinéma de qualité. Mais pour la diffusion de nos films, mon pays a le devoir de le faire à la télé.

Que penses-tu de la crise UNARTCI-BURIDA ?
Dans notre milieu, il y a trop de palabres. Vous savez, il fut un moment où Delta Akissi et moi, on était en palabre et je n'ai pas voulu envenimer la situation. La vie est très courte, il ne faut pas réduire l'environnement dans lequel tu vis. Ma qualité, c'est ma franchise. Je ne fais pas palabre de quelqu'un.

Qu'entends-tu par "Je ne fais pas palabre de quelqu'un" ?
M. Obou Armand et M. Gadji se connaissent très bien. M. Gadji Celi est un enfant que je respecte beaucoup. Obou je ne le connais pas très bien, mais je connais sa femme. Je suis plus âgée que Gadji, peut-être même que Obou Armand. Mon rôle n'est pas de faire des interviewes pour prendre position. Les gens font des choses qu'ils ne savent pas. Ils sont beaucoup hypocrites. Il arrivera un jour où Obou et Gadji feront la paix. Et tous ceux qui jouent aux essuie-glaces, auront honte.

La mort en cascade des artistes ivoiriens, qu'est-ce que cela t'inspire ?
Tout le monde meurt. Mais comme nous sommes des artistes, c'est pour nous qu'on voit. Est-ce que l'artiste n'a pas le droit de mourir. Allez dans les morgues, il y a combien d'artistes ? Il y a au moins 500 déclarations de décès à la mairie de Cocody, combien d'artistes sont-ils parmi les 500.

Le débat n'est pas là, c'est la manière dont ils meurent qui nous intéresse.
Je vous l'ai déjà dit. Les artistes meurent de misère, de la pauvreté. En Côte d'Ivoire, lorsqu'on voit les artistes, on les prend pour des voyous. Il faut que les gens aient de la considération pour nous. La malhonnêteté des gens nous tue. Il y a des fonds qui existent. Mais, les gens préfèrent partager ça entre amis. On nous pousse à bout. Quand tu dors avec des problèmes, au réveil, tu as une crise cardiaque. On ne sait pourquoi. Si les autorités ne prennent pas en main les problèmes, c'est comme ça qu'ils vont mourir à petit feu. Et puis, je lance un appel aux hommes de Dieu qui ont envoyé des messages par SMS pour dire que tel artiste est guetté par la mort. Il faut qu'il intègre son église. J'ai un message ici dans mon portable que le pasteur Dadié Dapa Pierre m'avait envoyé. (Elle fait sortir le message, Ndlr). Voici le contenu : Eux, s'ils créent les églises m'importe comment pour bouffer les quêtes des fidèles, qu'ils laissent les artistes tranquille. Ils ont envoyer un message à Léa, à Djuedjuessi, à Bétika nous sommes au total 24 artistes que les pasteurs harcèlent. Si le pasteur Dadié Pierre ne prend garde, son église sera assiégée par les familles des 24 artistes cités. Et c'est Zago qui est son homme de main puisqu'il dort chez le fameux pasteur.

Entretien réalisé par Dieusmonde Tadé et FC

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