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Epitaphe a Joelle

La famille des artistes-chanteurs de Côte d'Ivoire est encore en deuil avec la disparition brutale, intervenue jeudi dernier, de Joelle C., l'une des valeurs les plus affirmées de la maison. Une véritable onde de choc qui n'a pas encore fini de déchirer les c?urs des mélomanes ivoiriens, surpris et tétanisés par la mauvaise nouvelle. Qui assistent impuissants au règne de Kouglizia , l'oiseau de malheur, qui semble avoir décidé d'établir durablement ses quartiers dans le cercle des créateurs ivoiriens. Kunta, Ruth Tondey, Officier public, Joelle C., que de micros fermés à jamais en si peu de temps ! On comprend donc que la peur-panique gagne les uns et les autres devant cette série noire qui n'est pas près de s'estomper. C'est pourquoi, il urge que tous ceux qui ont en charge la gestion des créateurs ivoiriens se mettent ensemble pour trouver les moyens d'assister convenablement les artistes quand ceux-ci viennent à tomber malades. Et cela, au lieu de s'empoigner tels des chiffonniers comme Gadji Céli et Armand Obou, l'administrateur provisoire du Burida l'ont fait la semaine dernière autour de la dépouille mortelle de Joelle C. Des éclats de voix qui contrastent avec le v?u de la défunte qui ne voulait pas que l'on fasse beaucoup de bruits autour du mal qui la rongeait depuis quelques temps déjà. Une volonté respectée à la lettre, jusqu'à la dernière minute, par le staff de l'artiste qui n'a jamais fait cas, du moins publiquement, de la mauvaise santé de Joelle. Une attitude digne qui a permis de garder intacts le mythe et le mystère qui entourent toujours la vie des artistes. Et qui distingue le créateur du citoyen ordinaire. Car que vaut réellement un artiste sans cette petite dose supra naturelle qui le fait élever, aux yeux des mélomanes, au rang de dieu ? Comment l'artiste peut-il continuer à fasciner son public s'il n'a rien de particulier en lui, s'il n'a rien d'insaisissable qui emballe ses fans sans que ceux-ci y comprennent grand-chose ? C'est pourquoi, même dans la mort, il importe que l'on soigne la sortie de scène de l'artiste. De façon que celui-ci reste grand dans l'esprit de ceux auxquels il a, de son vivant, contribué à donner du plaisir, de la joie, et du bonheur. Car en définitive, que pourrait-on raisonnablement retenir d'un artiste de talent qui au soir de sa vie se clochardise ou tend la sébile ? Surtout que dans le milieu, la règle d'or est bien connue : seule compte la sortie de scène. C'est pourquoi, beaucoup de nos concitoyens se sont étonnés que dès les premières heures, dans les médias publics, et à chaud, l'on viole la réserve médicale,-qui s'impose en pareilles circonstances-, en étalant sur la place publique la nature du mal qui a emporté Joelle C. A quoi répondait cette frénésie qui est allée dans tous les sens ? Etait-ce l'effet conjugué de la douleur, de l'émotion, de la panique ou du zèle tout simplement ? La seconde hypothèse serait pitoyable, c'est pourquoi nous osons croire que c'est la première hypothèse qui est la vraie. Avec le souci surtout pour les uns et les autres, dit-on, de convaincre un auditoire incrédule, qui n'avait jamais eu vent au préalable, de la maladie de la jeune star. Nous ne palabrerons pas davantage sur le sujet, car la sagesse africaine enseigne qu'on ne se bat pas autour d'un malade, à plus forte raison d'un corps sans vie. Qui plus est, celui d'une personne qui nous laisse en héritage deux qualités majeures à enseigner à la postérité. A savoir, la dignité et l'amour du travail. Digne, Joelle l'a été, jusqu'au bout. En effet, rongée par un mal qu'elle savait pourtant incurable, elle a continué de dérouler sa vie, tranquillement, jusqu'à ce que sa résistance cède jeudi dernier, au moment où la planète entière en était à célébrer l'amour dans toute sa plénitude. Elle a donc choisi de partir pendant un moment de gaieté, et d'amour et de joie. Parce que pour elle la vie a toujours rimé avec joie et gaieté. C'est pourquoi, même quand la maladie a commencé à éroder son physique, elle ne s'est point laissée abattre. Elle a continué à exécuter, comme si de rien n'était, ses déhanchements et sa chorégraphie habituels qui ont construit sa notoriété. Aussi, son talent était tellement immense et elle était tellement appréciée de ses compatriotes qu'elle aurait pu, à bon droit, faire lever une cotisation nationale pour ses soins. Ce qui lui aurait permis, vu le succès attendu et garanti de l'opération, de gagner une prolongation de son séjour sur la terre des hommes. Mais elle s'est gardée de le faire. Pas forcément par orgueil ou encore pour préserver son image de vedette mais plutôt pour accepter de porter en silence, sa croix et faire sa part du chemin de Golgotha, à l'image du Christ qu'elle adorait de par sa confession religieuse. Travailleuse, la défunte l'était également. Si le grand public, l'admirait et avait fini de l'adopter, c'est parce qu'elle était la preuve palpable de l'ascension due au travail et seulement au travail. Partie du bas de l'échelle, elle a su, par la force du poignet et du savoir, arriver à la cime de l'arbre avec le souci toujours renouvelé de mieux faire. Dans une société ivoirienne où la facilité, le copinage, la tricherie, et la corruption règnent en maîtres absolus, c'est une qualité rare qui mérite d'être relevée et magnifiée. Surtout dans le milieu des artistes chanteurs où ceux qui se sont visiblement trompés de métier, et Dieu sait s'ils sont nombreux, ont tendance, de plus en plus, à étouffer les bonnes graines. C'est un exemple d'abnégation au travail, dont doivent s'inspirer les jeunes générations, que nous laisse l'artiste. De nouvelles générations qui devront nécessairement se détourner des mauvais exemples créés par la guerre, avec notamment des cas de marmitons et autres frigoristes élevés au rang de ministres de la République. Ou encore de semi-lettrés qui plastronnent aux plus hauts postes de l'Administration. En somme ce sont ces deux valeurs principales que Joelle C, la jeune artiste talentueuse laisse à la Côte d'Ivoire, son pays auquel elle était, du reste, fortement attachée. C'est pourquoi, sans crainte de se tromper, on pourrait graver cette épitaphe sur sa sépulture : Ici, gît Joelle C. une artiste de talent, patriote dans l'âme, digne et travailleuse . Salut l'artiste !

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