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Nombre de mes compatriotes et beaucoup d'observateurs de l'évolution de l'Afrique se demandent ce que serait devenue la Côte d'Ivoire sans le combat opiniâtre de Félix Houphouët-Boigny...". Cette interrogation de Monsieur Camille Alliali à l'ouverture du 7ème congrès du PDCI-RDA pose avec justesse, la problématique de l'influence indéniable que le Président Houphouët-Boigny a exercée sur la Côte d'Ivoire. Les jeunes d'aujourd'hui qui, s'entendant répéter à longueur de journées que la Côte d'Ivoire est un pays solide et essentiel, sont portés à croire que tout est arrivé comme par enchantement et ne savent pas d'où vient leur pays. Ils seraient bien avisés de chercher à savoir ce que fut ce territoire un temps baptisé côte des mal gens. Comme l'aurait dit Félix Houphouët-Boigny lui-même, ils ont l'audace de ceux qui ne savent pas. Ils devraient dorénavant se vêtir de la prudence de ceux qui savent un peu. C'est en tout dans ce dessein que je viendrais partager avec eux, en ces quelques lignes, ces informations glanées ici et là à travers des lectures utiles et dans l'écoute des anciens que j'ai côtoyés.
La Côte d'Ivoire qui fut la benjamine des colonies françaises d'Afrique n'a pas toujours occupé la place de choix qui fut la sienne avant cette crise de l'inanité et de la bêtise humaine. Avant Houphouët, la Côte d'Ivoire que la France avait voulu échanger contre la Gambie, avec l'Angleterre, était ravalée au rang de simple pourvoyeuse de matières premières agricoles qu'elle produisait à profusion grâce, notamment à la main d'oeuvre des populations du nord et de l'ex Haute Volta aujourd'hui Burkina Faso et avec le concours des instituts de recherche français. Les Ivoiriens, quant à eux, subissaient les railleries et le mépris des autres peuples. Ils paraissaient aux yeux de tous comme des paresseux, incultes et analphabètes. Fort de tout cela, Félix Houphouët Boigny, dès son engagement dans la vie politique, s'est attaché à effacer cette image de malédiction en posant des actes fondateurs concrets. C'est ainsi qu'il a initié et mis en oeuvre l'opération dite aventure 46 d'envoi de 146 enfants de la Côte d'Ivoire et de la Haute Volta en métropole poursuivre leurs études secondaires puis supérieures. Ici même sur le territoire, il a multiplié les actes de modernisation du pays avec la création d'écoles et l'ouverture de centres d'apprentissage. C'est ainsi qu'il a fait construire des écoles primaires et des collèges contre le gré du Président de la chambre de commerce de l'époque Monsieur Barthe qui a dit qu'il préférait quelques kilomètres de rails Decouville à un lycée pour nègre. Houphouët s'est imposé par sa personnalité et ses initiatives louables. Son charisme naturel que le général De Gaulle a salué en ces termes " cerveau politique de premier ordre de plain pied avec l'Afrique et le monde... " La considération accordée à cet homme exceptionnel a rejailli sur ses concitoyens et compatriotes dont certains gagnés par un orgueil démesuré, ont exagéré les effets. Or Houphouët le sage était resté, par ses actes, un homme de toute humilité. "Ce petit homme à la tête d'un petit pays" comme il se désignait lui-même, savait se distinguer et se faire grand quand il s'agissait de l'honneur et de la dignité de l'homme, singulièrement de l'homme africain particulièrement humilié, écrasé et avili par le cours désastreux d'une histoire affligeante d'une humanité désincarné.- Mais Houphouët, l'humaniste, est allé plus loin en s'investissant dans les réalisations et la promotion d'un droit imprescriptible, le droit à la vie. L'homme de la tradition et des traditions de son clan et de son groupe ethnique s'est interdit tout sacrifice rituel, toute offrande de sang humain, pratique en exergue à l'époque chez les Akans, en se convertissant au catholicisme, à l'âge de douze ans. Depuis, Félix Houphouët-Boigny s'est interdit même l'instrumentalisation de la misère humaine et de l'innocence ainsi que de la crédulité des jeunes. Dans son combat politique, il n'a jamais utilisé les jeunes qui, nombreux, avaient adhéré à son mouvement, le RDA. Une anecdote racontée par Houphouët lui-même situe le grand intérêt qu'il attachait aux jeunes et à la jeunesse scolarisée "...quand on a déclenché la répression contre nous, nos enfants, enthousiastes comme le sont tous les jeunes, ont voulu créer un mouvement de lutte, la jeunesse du RDA. Si je les avais appuyés - parce qu'on attendait que je les appuie - ils auraient tous été renvoyés de l'école. Nous aurions gagné politiquement mais en fait nous aurions perdu. Or nous voulions que ces jeunes gens soient instruits. Il fallait qu'ils aillent à l'école. Nous n'avions ici, ni collèges ni universités. Nous n'allions pas sacrifier nos futures élites en formation en France pour quelques dividendes bien futiles..." Dont acte. Tel est l'homme Houphouët. Pour la Côte d'Ivoire, il fut heureux d'avoir un homme tel qu'Houphouët pétri d'humanisme, de sagesse et de connaissance de l'homme et ayant un sens élevé de ses responsabilités devant l'histoire ainsi qu'une vision et un idéal pour la construction d'un Etat, un pays, une nation. Il avait tracé la voie à ses successeurs. Comme Karl R. Popper, l'inspirateur de la société ouverte, il croyait à la faillibilité des hommes mais voulait promouvoir la société parfaite inaccessible en se contentant d'une "société imparfaite capable de s'améliorer à l'infini. Qu'il appelait une société ouverte". A ce titre, les régimes totalitaires faits de pensée unique et d'injustice instrumentalisés étaient ses ennemis. Houphouët, lorsqu'il disait qu'il préférait "l'injustice au désordre" a précisé aussitôt qu'on pouvait et devait réparer l'injustice qui pouvait subvenir dans la société imparfaite car nul n'est infaillible. Le plus important étant d'améliorer la société portée vers la perfection. Dans cet ordre d'idées, les billevesées déversées sur lui par les censeurs impénitents dans la perspective de le salir pour le discréditer en sont pour leurs frais à présent que leurs souillures les éclaboussent. L'histoire qui est un témoignage indique que Houphouët pratiquait l'art du pardon qu'il réclamait pour lui-même dans un repentir sincère et qu'il accordait volontiers. Houphouët a mérité toute sa vie, le respect de ses contemporains parce qu'il se vouait à l'humilité. Il était, selon la Constitution qu'il avait pourtant taillée sur mesure, chef des armées quand certains ont placardé dans la nouvelle Constitution censée incarner la deuxième République, insensée et barbare que le chef de l'Etat était chef suprême des armées, quelles armées ? Ses propos et ses actes parlent pour lui et inspirent l'avenir. Il se plaisait à répéter qu'il était "un petit homme à la tête d'un petit pays". Mais, cela n'enlevait rien à ses qualités et à la considération que tous avaient pour lui et pour la Côte d'Ivoire. Le Président Kennedy l'appelait "mon ami". L'Ivoirien, jusqu'à ces dernières années, s'incarnait dans la personnalité de ce modèle d'honnête homme. Son élégance raffinée, la finesse de son agir et de son discours faisaient l'envie de ses admirateurs et la fierté de ses compatriotes. Houphouët méritait les éloges qu'on continue de lui tresser. C'était un homme, un vrai. Un homme de Dieu dont la foi communicative a évité pendant longtemps les déchirures à la Côte d'Ivoire. Il est temps de parler de son oeuvre et de faire connaître sa pensée profonde pour reconstruire dans l'harmonie la Côte d'Ivoire. L'histoire a donné raison à Houphouët sur ses contempteurs piètres acteurs, aujourd'hui d'un théâtre des ombres sur une scène décatie. C'est dommage qu'un des rares Ivoiriens qui le connaisse le mieux reste cloîtré dans une légendaire discrétion. M. le ministre Camille Alliali, pariez-nous vous écoutons. Nos oreilles sont ouvertes, accrochées à votre parole. Qu'est-ce qui se passe ? Même Me Jean Konan Banny avec sa faconde et son verbe haut et limpide ne dit rien alors que les Ivoiriens périssent faute de connaissance.

Guy Pierre Nouama
Houphouétiste de la 2ème génération

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