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Mesdames et Messieurs,

Chères étudiantes, Chers étudiants des grandes écoles

Je voudrais tout d'abord remercier l'Organisation des jeunes Libéraux Ivoiriens de me donner l'opportunité de m'adresser à vous jeunes des grandes écoles et d'avoir un débat avec vous sur le thème : Diplômés des grandes écoles : quelles perspectives d'insertion professionnelle ? .

Je tiens également à saluer la présence de tant de jeunes des Grandes Ecoles publiques comme privées, venus participer à cette rencontre.

Lorsque l'Organisation des Jeunes libéraux de Côte d'Ivoire m'a demandé, il y a quelque temps, de m'entretenir avec vous les jeunes, je n'ai pas hésité un seul instant à répondre favorablement et ce pour deux raisons essentielles.

La première tient au fait que j'attache un grand prix à l'éducation et à la formation, d'abord en tant que citoyen et ensuite, en tant qu'homme politique.

En effet, l'éducation constitue un enjeu politique de premier ordre dans la mesure où elle a pour mission essentielle : la transmission des savoirs à ceux qui sont notre avenir, c'est-à-dire à vous les jeunes.

Dans la formation des hommes et des femmes d'une nation, tout se joue dès l'école y compris l'aptitude à se comporter en citoyen et à participer à la vie nationale.

Ma conviction, c'est que le principal atout d'un individu quel qu'il soit, c'est la connaissance.

Dans la compétition internationale, la connaissance va prendre de plus en plus d'importance.

Il serait donc illusoire de prétendre conduire le destin d'un peuple, si on n'a pas de projet clair pour l'école.

La deuxième raison découle d'une réalité à la fois complexe et préoccupante : celle de l'insertion des jeunes dans la vie active. Bien sur, c'est ce qui interpelle chacun de nous et crée des préoccupations. Il s'agit incontestablement d'un problème de société qui est souvent vécu difficilement par les jeunes et leurs familles. Le chômage est malheureusement devenu une tragédie nationale.

Si nous voulons assurer un meilleur avenir à nos enfants, à vous les jeunes, nous avons l'obligation non seulement de veiller à vous donner une formation de qualité, mais aussi à procurer un emploi au plus grand nombre.

Nous devons être en mesure de trouver des réponses efficaces au problème du chômage. Il y va de la cohésion de notre société et de l'avenir de nos jeunes.

C'est pourquoi, j'ai toujours estimé que l'emploi doit être la priorité des priorités.

Je considère que l'entrée dans la vie active des jeunes générations est un objectif essentiel.

C'est aussi un facteur fondamental dans le développement économique et social d'un pays.

Parler de l'insertion professionnelle des jeunes comme vous, issus des grandes écoles publiques et privées, c'est aborder une foule de questions toutes aussi importantes les unes que les autres.

Elles portent autant sur les choix économiques qui ont été opérés, le marché du travail, que sur la politique en matière d'enseignement supérieur, sur la gouvernance des grandes écoles, sur le contenu des programmes, sur la valeur des diplômes délivrés.

Pour des besoins de clarté, je vous ferai une communication en quatre points :

- Premièrement, l'évaluation du système éducatif des Grandes Ecoles,

- Deuxièmement, Les réformes à entreprendre pour revaloriser ces établissements d'enseignement supérieur,

- Troisièmement, la question de l'adéquation formation - emploi des jeunes des diplômés des grandes écoles

- Et enfin, la problématique de la croissance et de l'emploi.

J'essayerai modestement tout au long de mon propos liminaire d'explorer avec vous quelques pistes de réflexions à partir de ces questions complexes, mais combien importantes.

Bien évidemment, je vous ferai partager ma vision, mon expérience en tant qu'ancien étudiant d'une Université américaine, donc en tant que produit d'un système qui est différent du vôtre, mais aussi mon expérience à travers les fonctions que j'ai eu à exercer, au plan national, au plan continental et au plan international, tout au long de ma carrière professionnelle.

Un état des lieux préoccupant des Grandes Ecoles publiques et privées

Une analyse des statistiques laisse apparaître une surpopulation des étudiants inscrits dans les Universités et Grandes écoles publiques.

Celles-ci accueillent un peu plus de 108.000 étudiants, alors que leur capacité est estimée à 25.000.

Pour absorber ce flot de jeunes désireux d'entreprendre des études supérieures, il a fallu recourir aux Grandes écoles privées qui ont poussé comme des champignons ces dernières années.

Ainsi, un peu plus de 49000 étudiants ont pu s'inscrire pour l'année en cours dans ces structures privées.

Si la création de ces Grandes écoles privées permet de dispenser un enseignement supérieur à un nombre croissant de jeunes, il n'en reste pas moins vrai qu'elle pose d'énormes problèmes.

On assiste, en effet, à une baisse de qualité au plan pédagogique et un faible taux d'embauche, ce qui ne manque pas de créer des frustrations chez les étudiants et les familles ayant consenti des sacrifices financiers pour leurs enfants.

Face à cette situation préoccupante, il est heureux que le Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche ait pris des mesures salutaires.

Celles-ci consistent à évaluer annuellement ces Grandes écoles privées et à les classer en fonction de leurs performances.

L'opinion est informée de cette évaluation et de ce classement par voie de presse.

Quant aux Grandes écoles publiques, elles sont confrontées à des difficultés d'un autre ordre.

Au nombre de ces difficultés, figurent la non transparence et le manque de rigueur dans la sélection dans certaines d'entre elles, la crédibilité des diplômes obtenus, la vétusté des équipements didactiques et le délabrement des locaux.

S'agissant plus spécifiquement des diplômes, un discrédit sérieux est jeté sur le BTS. Cela n'est pas de nature à rassurer les entreprises, ni d'ailleurs les titulaires des BTS.

D'une manière générale, les Grandes écoles publiques pâtissent de cette mauvaise réputation de faire de la fraude, même si elles ne sont pas toutes concernées.

Plus grave, ces Grandes écoles sont en décalage avec l'environnement actuel axé sur l'innovation et la recherche.

Vous l'aurez constaté, le tableau présenté n'est pas très reluisant. Il demanderait cependant à être nuancé, car je suis persuadé que certaines de nos Grandes écoles font honneur à notre pays par leur sérieux et leur rigueur.

Revalorisation du système éducatif dans les Grandes écoles publiques et privées

Le diagnostic de la situation fait apparaître des problèmes qui expliquent les contre-performances du système éducatif des Grandes Ecoles qu'elles soient publiques ou privées.

Maintenant, quelles actions convient-il de mettre en ?uvre pour le rendre plus performant ?

A mon sens, il faut aller essentiellement dans quatre directions.

Première direction entreprendre un assainissement du secteur des Grandes Ecoles. Cela suppose la mise en place d'une politique de suivi plus vigoureuse en vue de faire respecter les normes en matière d'infrastructures et de pédagogie. Cela exige également une lutte sans merci contre la fraude au niveau des concours d'entrée dans certaines Grandes Ecoles publiques et aux examens du BTS par exemple. Le temps est venu de mettre un terme à certaines pratiques qui portent atteinte à la crédibilité de nos diplômes et ternissent l'image de notre pays.

Deuxième direction : Accroître les capacités d'accueil puisqu'il y a suffisamment d'infrastructures, en raison des investissements importants qui ont été faits dans le passé. A titre d'exemple, il est incompréhensible que le taux de recrutement des bacheliers au concours d'entrée à l'INP-HB de Yamoussoukro n'a jamais dépassé 10% des postulants.

Dans le même temps, décentraliser les Grandes Ecoles publiques de manière à ce que chaque région puisse avoir un Institut National polytechnique, à l'instar des pays développés. Inciter aussi, avec le concours des Conseils Généraux, la création de grandes écoles privées puisqu'il est établi que certaines régions telles que Man, Korhogo, San- Pédro, Odienné n'en abritent pas.

Ce que nous avons fait de 1990 à 1993 pour les Universités, nous pouvons l'appliquer aux Grandes Ecoles.

Comme vous le savez, je suis profondément attaché à la décentralisation.

Troisième direction : Engager une vaste réforme de la pédagogie. Cette entreprise salutaire permettra un meilleur recrutement des Enseignants, la mise en place de conseils scientifiques, l'implication des entreprises dans la définition des programmes, le respect scrupuleux des normes en terme de taux d'encadrement et des programmes, la réforme du BTS et l'adoption du système LMD (Licence-Master-Doctorat) pour une harmonisation des programmes et des diplômes.

Le choix de ce nouveau dispositif LMD s'impose parce qu'il permet de passer d'une logique de filière à une logique de parcours. L'avantage de ce système que je connais bien, c'est qu'il repose sur la formation et le projet professionnel de l'étudiant.

Quatrième direction enfin : Ouvrir les Grandes Ecoles sur l'entreprise, en faisant en sorte que les entreprises soient représentées dans les conseils de gestion des Grandes écoles, en signant des contrats de partenariat avec les entreprises en vue de favoriser la mise en stage des étudiants et la formation par alternance.

Dans le même temps, ouvrir les Grandes Ecoles sur l'extérieur, l'Afrique, l'Europe, l'Amérique, en mettant en place des conventions avec des structures analogues d'autres pays. C'est essentiel pour la formation. Ça l'ait aussi pour les diplômes.

A cet égard, certaines grandes Ecoles se sont affiliées au CAMES pour la reconnaissance de leurs diplômes. J'encourage d'autres Grandes Ecoles à en faire de même. Dans cet ordre d'idée, il serait judicieux de susciter une initiative au niveau du CAMES qui aurait pour objectif de créer un réseau africain de grandes écoles d'excellence avec les meilleures Grandes Ecoles mondiales.

Aussi indispensables qu'elles soient, ces réformes ne sauraient suffire. Il faut aller plus loin. D'autres mesures doivent être également envisagées.

Dans cette perspective, il m'apparaît important d'améliorer l'information et la communication sur le marché du travail. Je considère que ces deux dimensions ne sont pas suffisamment prises en compte, alors que l'information, la communication et les nouvelles technologies sont des enjeux essentiels.

En outre, je pense que notre système devrait trouver un mécanisme pour aider les étudiants qui quittent l'enseignement supérieur sans diplôme à rebondir dans une nouvelle orientation. Ils sont nombreux, les jeunes de toutes les catégories sociales qui, pour avoir rencontrés des difficultés dans leur cursus universitaire, se sentent condamnés à vie. Là réside une des explications du chômage qui frappe plus particulièrement notre jeunesse

Enfin, je préconise l'acquisition et la maîtrise de plusieurs langues étrangères. La pratique à tout le moins de l'Anglais est, en effet, indispensable dans de nombreux métiers.

Comme vous vous en doutez, cette rénovation du système éducatif vise plusieurs objectifs :

Premièrement : mettre l'enseignement supérieur au niveau des grands pays.

Deuxièmement : ouvrir les Grandes Ecoles à tous les Etudiants quelles que soient leur catégories sociales ou leurs origines.

Troisièmement : promouvoir l'excellence. Notre ambition est de conduire le maximum de jeunes vers des études qualifiantes et au besoin plus longues et d'essayer d'atteindre dans les prochaines années, quand nous serons aux affaires, le niveau des grands pays comme les Etats-Unis et le Japon où 60% des jeunes qui sont dans l'enseignement supérieur sont diplômés.

Tous ces efforts seront vains, si le problème de la violence endémique dans les écoles n'est pas traité comme il se doit, c'est-à-dire avec courage et fermeté. Nous devons faire preuve de courage pour éradiquer ce mal qui affecte dangereusement notre système éducatif dans son ensemble et l'avenir de notre jeunesse.

Le moment est venu de prendre des mesures énergiques pour que les écoles deviennent des espaces sécurisés et préservés contre la violence.

La question de l'adéquation entre la formation et l'emploi ?

Que dire de la question de l'adéquation entre la formation et l'emploi ? Ce sera au centre de nos échanges car c'est une question essentielle. Je serai donc bref sur ce chapitre

On ne peut pas se plaindre de la multiplication des formations liées à la professionnalisation, mais cette diversité ne correspond pas toujours aux réalités du marché du travail. C'est ce que nous avions constaté en 1990 quand nous avons fait une évaluation du système.

C'est pourquoi, il m'apparaît indispensable de rechercher un équilibre entre les aptitudes des jeunes issus de l'enseignement supérieur et les besoins des entreprises et d'associer les branches professionnelles à la définition du contenu des filières.

A ce titre, je pense qu'il serait judicieux de généraliser la mise en place de commissions paritaires?Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche et partenaires sociaux.

Quelle sera leur mission ?

Ces commissions paritaires devront valider le volume et le contenu des filières afin d'éviter les effets de mode que connaissent certaines filières, au regard des besoins réels du marché.

Concernant toujours le chapitre de l'adéquation formation-emploi, certains chefs d'entreprise avec qui je me suis entretenu trouvent que les diplômes et les certifications professionnelles sont peu lisibles. Il faut retenir cette critique en veillant non seulement à les rendre lisibles, mais aussi en les classant par domaine d'activité et par niveau.

La relance de la croissance : condition indispensable à la création d 'emplois.

Venons en maintenant à la relance de la croissance.

Il est totalement illusoire de relever le défi qui se présente à nous, à savoir l'emploi des jeunes, tant que la crise économique continuera de sévir dans notre pays.

Créer des emplois, alors que l'économie ivoirienne a décroché en terme de croissance relève de la quadrature du cercle.

Amorcé depuis quelques années déjà, le mouvement de régression de notre économie qui a été une des plus florissantes en Afrique s'est amplifié ces dernières années.

Une telle situation a inéluctablement des conséquences sur le taux de croissance qui est estimé entre 1% et 2% depuis plusieurs années.

Avec un taux de croissance aussi bas, on ne peut raisonnablement s'attendre à des créations d'emploi pour répondre aux attentes des jeunes que vous êtes. Car, il n'est pas possible de créer des emplois dans une économie qui stagne. C'est vraiment la base de l'économie de marché. Dans tous les pays au monde, c'est véritablement l'investissement privé qui est le moteur de la croissance. Autrement, vous vous retrouvez dans une situation de stagnation où la croissance démographique est plus forte que la création d'emplois.

L'un entraînant l'autre, le taux de chômage a considérablement augmenté. Il est estimé à 19% de la population. Plus de deux millions de personnes âgées de 14 à 40 ans sont sans emploi avec une proportion importante de jeunes.

Ce n'était pas le cas, il y a quelques années encore, la Côte d'Ivoire disposant d'un tissu de Petites et moyennes entreprises pourvoyeuses d'emplois.

Nombre des entreprises qui créent des richesses et assurent des revenus ont disparu, à la suite des évènements de Novembre 2004.

Face à cette dégradation généralisée de notre économie, l'Etat ne peut pas dégager suffisamment de marges de man?uvre pour l'action publique, compte tenu du niveau élevé de la dette publique estimée à 6700 milliards de FCFA, soit environ 10 milliards d'euros. Tout le monde en convient, la dette publique est insupportable.

Nous n'avons pas le droit de faire payer aux jeunes générations, à nos enfants, une dette aussi considérable. C'est pourquoi, la reprise de nos relations avec le FMI est une excellente chose, parce que si nous arrivons à respecter ce sur quoi nous nous sommes mis d'accord, peut-être que dans deux ou trois ans, cette dette pourrait être résorbée. Ceci permettra de résoudre tous les problèmes de l'administration, non seulement des infrastructures mais aussi les problèmes de salaire. Le fait de régler ces questions par section n'est pas la solution parce que tôt où tard, il y aura des complications telles que l'Etat n'aura plus les moyens d'honorer les engagements pris lors des négociations de ces derniers temps. Il faut alors que nous puissions régler la question de la dette intérieure et extérieure pour créer de nouvelles ressources financières qui permettront aux fonctionnaires d'accroître la consommation, de relever la part du paysan dans le café/ cacao car il est important que les ressources profitent à ceux qui produisent la matière. C'est ma notion libérale. Quand j'étais au FMI, j'avais imposé que le prix (café, cacao) versé aux paysans soit au minimum 50% du prix du marché mondial. Je crois que nos parents, les paysans s'en souviennent. Pour relancer la croissance et favoriser ainsi le retour à la croissance, des choix s'imposent. Ils ne peuvent pas être différés pendant longtemps.

Il est urgent de casser cette spirale à l'endettement public, de gérer plus efficacement nos finances publiques et de favoriser la reprise des investissements tant publics que privés.

C'est à ces conditions que le moteur de l'économie repartira. En d'autres termes, le problème de la dette ne peut être résolu que si nous faisons face au problème de bonne gouvernance, aux questions d'ajustement au niveau des prix agricoles et de la masse salariale.

Nous ne pouvons admettre que notre pays s'enfonce dans la crise, que le peuple ivoirien continue de s'appauvrir. Un tiers de la population ivoirienne vit en dessous du seuil de pauvreté, ce qui explique que la Côte d'Ivoire soit 164ème sur 177 pays au monde.

Nous devons nous engager résolument à préparer à vous les jeunes, un avenir meilleur.

Si je suis engagé en politique, c'est parce que je me sens capable de ramener la paix, de redresser notre pays, de faire revenir les investisseurs et par conséquent de vous trouver du travail. Vous savez, on fait la politique pour soi-même ou on la fait pour les autres. J'aimerais vous dire que mon équipe et moi avons une ambition pour notre pays. Beaucoup d'entre nous auraient arrêté de faire la politique si nous n'avions la conviction que nous pouvons apporter quelque chose à notre pays qui est à la croisée des chemins. Nous devons faire en sorte que les erreurs du passé ne se répètent pas. Mon objectif est également le vôtre. Je vous demande de me faire confiance car vous serez les premiers bénéficiaires de mon action.

Dans cet exposé, j'ai voulu à dessein vous dire la vérité, vous parler sans détours. Vous dire la vérité, c'est vous respecter.

Maintenant, à mon tour de vous écouter. Certes vous attendez de moi que je réponde à vos interrogations. Je ne m'y déroberai pas. Mais, ce qui compte pour moi ce sont les échanges que nous aurons.

Je souhaite un dialogue fécond qui nous aidera certainement à enrichir le projet dont nous sommes porteurs pour notre pays.

Je vous remercie de votre aimable attention

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