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Les échanges, médiatisés, entre Venance Konan et M. Mamadou Koulibaly ne pouvaient pas, évidemment, me laisser dans l'indifférence. On en sait les raisons, des moins objectives (l'amitié qui nous lie) aux plus objectives (les idéaux que nous partageons). Mais il ne s'agit pas ici, pour moi, de voler au secours d'un ami qui, au demeurant, se défend parfaitement bien sans l'aide d'aucun Zorro, mais de contribuer à ces échanges dans l'intention d'y apporter quelque éclairage utile à ceux qui l'ont suivi. Le corpus de référence est composé des textes de Venance et de Koulibaly ; ceux du député Fpi William Atteby et de Gilbert Kouamé (un des frères de Venance Konan) offrant peu d'intérêt par rapport à la teneur et aux enjeux de ce débat manifestement au-dessus des aptitudes intellectuelles de leurs signataires. Les intertitres traduisent les points d'intérêt qui ont mobilisé mon attention. Mais avant, rappelons l'origine de ces échanges.
C'est le Pr Koulibaly lui-même qui nous la rappelle : " Suite à l'interpellation que j'ai adressée à vos lecteurs, vous (Venance Konan) avez pris l'initiative de me répondre personnellement. Ma démarche initiale était d'offrir à vos lecteurs une meilleure objectivité et de toucher du doigt le gouffre de subjectivité dont vous faites preuve après vous être égaré sur les terrains mouvants et dangereux de l'ivoirité. " On le voit : partis de courriers sinon clandestins, du moins d'ordre intimiste (entre internautes), les échanges ont échappé à l'ordinateur pour être livrés à la connaissance d'une opinion publique relativement plus large, par le biais de la presse écrite. S'il y a faute, elle incombe certainement à Venance Konan qui aurait pris sur lui l'initiative de faire sortir ces échanges de leur cadre confidentiel. L'ironie sarcastique contenue dans une expression ''disqualifiante'' comme ''pauvre Mamadou'' (employée par Venance Konan) peut suffire effectivement à légitimer une réaction ferme du Pr Kouliblay par ailleurs président de l'Assemblée nationale et 3è vice-président de son parti, le Front populaire ivoirien. Dans sa forme et dans son intention première, la ''réplique'' (magistrale) du professeur se justifie donc. Je ne peux cependant en dire autant pour ce qui concerne le fond de son discours. Et c'est sur ce point que Venance Konan a eu, finalement, raison d'avoir donné à ces échanges l'amplitude que nous avons tous observée, en amenant astucieusement le Pr Koulibaly à se découvrir à travers le texte que le dernier a fait publier dans les colonnes du journal " Notre voie " C'est ce dernier texte qui m'interpelle.

I/ De l'appartenance
politique de Venance Konan : des contrevérités
Beau texte en réalité ! Mais que d'amalgames et de contrevérités véhiculés ici par le Pr Koulibaly. De lui, nous apprenons par exemple (moi particulièrement), que Venance Konan est un militant du Pdci ! Il n'y a rien d'aussi faux que ces propos. Venance Konan n'a jamais milité ni au Pdci ni dans aucune structure politique de ce pays. Aurait-il été un militant du Pdci qu'il y a longtemps qu'il en aurait été exclu (et de manière spectaculaire), pour indiscipline, quand on sait la rigueur avec laquelle l'aile ''bédiéiste'' de ce parti traite les militants qui ne se retiennent pas de critiquer le Pdci, surtout son chef, de manière publique et sans retenue. Or, et à la vérité, nombreux sont les articles de Venance Konan qui pourfendent les actes politiques du président Bédié.
Venance, s'il a eu à manifester quelque élan de sympathie pour l'Usd de Bernard Zadi (par admiration et respect pour le maître, mais aussi par amitié pour moi), s'est toujours gardé de militer dans quelque parti que ce soit, afin de garder toute son indépendance de penser et d'agir. C'est un peu sur l'éclairage de cette option que j'ai rendu démission de l'Usd, en 1997, afin de conserver, comme lui, mon indépendance, et d'user librement de mon droit de critiquer notre société dans ce qu'elle a de plus ''déconstructif'' et d'improductif. Pour Venance tout comme pour moi, c'est de cette posture-là que nous pouvons (et pourrons) être utiles à la Côte d'Ivoire. Ce que le Pr Koulibaly dit donc de l'appartenance politique de Venance Konan sur ce point est archi faux. Il n'y a pas mieux placé que moi dans ce pays pour le dire. Et il me fallait le dire.
Tous ceux qui ont suivi attentivement (et je suis de ceux-là) la production journalistique de Venance Konan en politique, savent que ses textes s'inscrivent dans trois périodes et ont connu deux trajectoires. La première remonte à Campus Info (fin des années 1970 à 1981), le journal des étudiants que nous étions ; la seconde période part de 1994 à 1996. C'est celle de son soutien (avec des réserves toutefois) aux actes politiques du président Bédié. Opposant (je le suis d'ailleurs resté) j'ai été souvent en désaccord avec lui sur ce positionnement politique. Les égarements et manquements du régime d'alors l'ont progressivement amené à nuancer ses positions et à (re) retrouver ses réflexes d'intellectuel critique. Dans un chapitre de mon livre " Côte d'Ivoire, l'agonie du jardin ", je relate d'ailleurs les démarches qu'ensemble, nous avons entreprises à l'endroit de certains responsables du régime d'alors au pouvoir, afin de les amener à mettre fin aux campagnes, que Venance et moi avions jugées incorrectes et insupportables, contre Ouattara ; campagnes conduites par le journal " Le National " que Venance abhorrait et qu'il jugeait franchement xénophobe et indigne de représenter l'opinion ivoirienne...
Je ne peux citer le nombre d'articles critiques de Venance Konan contre le régime du président Bédié ; juste quelques preuves et références pour éclairer les lecteurs : " Nègreries " (une compilation d'articles) s'étend de 1994 à 2006, et il est sous titré ''Chronique de 12 années sèches''. Ces 12 années sèches comprennent (évidemment) celles du règne de Bédié et celles de Gbagbo ; l'épithète ''sèches'' indique clairement le point de vue de Venance sur la régence de M. Bédié. Où donc se trouve le parti pris, rien que dans le sous-titre de ce livre ? " La guerre est chez nous ", un des textes de ce livre, a été publié le 20 juin 1995. On y lit ceci, à propos de la bastonnade infligée par le ministre Ouassénan à Abdoudrahamane Sangaré : " M. Abdoudrahamane Sangaré aurait été l'opposant le plus farouche, l'homme le plus insolent de la terre, il n'avait pas droit à cela. L'acte du ministre Ouassénan est à condamner sans appel et aujourd'hui, nous devons tous nous sentir solidaires de M. Abdoudrahamane Sangaré. () N'est-il pas temps d'enterrer nos querelles pour nous mobiliser face au danger (parlant de la guerre du Liberia qui menaçait notre ''paix'') ? Est-ce vraiment le moment d'humilier un homme dont le seul tort est d'avoir une pensée politique différente, chose essentielle dans une démocratie ? Est-ce vraiment le moment d'emprisonner un journaliste ? " (p.43).
Continuons la série de citations : dans un autre texte intitulé " C'est comme ça ", et tiré du même opus cité, Venance Konan écrit : " Pour être admis au concours de police tout comme aux autres concours de l'administration, il faut payer. De fortes sommes. Pour être commissaire, ça se chiffre en millions. Tout le monde le sait ", p. 89. Le texte a été publié le 4 novembre 1997. C'était sous le règne de Bédié et non sous celui de M. Gbagbo. Et pourtant, on croirait qu'il s'agit de la situation actuelle car Venance Konan ne cesse de parler de ce phénomène qui a corrompu notre société ivoirienne à un point incroyable. Il a dénoncé ces manquements sous le régime de Bédié, il les dénonce aujourd'hui sous celui de Gbagbo, car le mal persiste, et tous les Ivoiriens le savent. Où donc se trouvent le ''gouffre de subjectivité'', la mauvaise foi et le tribalisme dont le Pr Koulibaly accuse Venance Konan avec tant de véhémence et de littérature insalubre ? Si je suis bien le Pr Koulibaly, Venance n'est bon et objectif que lorsqu'il critique le Pdci et M. Bédié ; mais lorsque ces critiques sont dirigées contre le Fpi et M. Gbagbo (le parti et le chef du Pr Koulibaly), le même Venance Konan devient un ''gouffre de subjectivité'' doublé d'un tribaliste !

II/ Amalgames
et confusions
D'où vient que le Pr Koulibaly affirme avec tant de légèretés que Venance Konan est un militant du Pdci ? C'est à partir d'un syllogisme simpliste : le Pdci (parti d'opposition aujourd'hui) critique le Fpi ; or Venance Konan critique le Fpi ; donc Venance est un militant du Pdci ! Raccourci effarant ! Je suis cependant à l'aise pour comprendre et expliquer cet amalgame navrant dont j'ai été moi-même victime : j'ai eu à adhérer ouvertement à la politique de M. Laurent Gbagbo, de 2002 à 2004. Dans l'entendement des Ivoiriens, j'étais un militant du Fpi (ce que je n'ai jamais été et que je me suis efforcé, en vain, de faire comprendre à l'opinion) ; puis, j'ai rompu (tout aussi ouvertement avec la politique de M. Gbagbo) pour adopter désormais une attitude critique (celle qui sied à un intellectuel) par rapport à ce régime. La presse du pouvoir a alors dit de moi que j'étais un militant du Pdci en me traitant de tous les vilains mots que seules la haine et l'inculture politique peuvent offrir aux plumes douteuses ! A la moindre critique que j'émets sur M. Bédié, des militants hystériques du Pdci me traitent d'homme vendu au Fpi et à ''Gbagbo qui m'entretient'' (ce sont eux qui écrivent ces fadaises). C'est pourquoi je comprends ce qui arrive à mon ami : nous avons connu la même trajectoire, nous sommes victimes des mêmes incompréhensions. Le plus grave dans cette affaire, c'est quand cela vient d'un respectable universitaire comme Mamadou Koulibaly.
La vérité, à mon avis, est que le pouvoir actuel a ouvert notre pays à des désespérances inouïes. Grogne et ressentiments, désamour, désillusions et déceptions rongent le c?ur des Ivoiriens stupéfiés par les absurdités d'un régime qui nous a suffisamment convaincus de son inaptitude à conduire les destinées de notre pays. Dans un tel contexte, une plume comme celle de Venance Konan, qui n'a eu de cesse de décrier les manquements des régimes régnants (Pdci, la transition, le Fpi) devient forcément un repère, un espoir pour des millions d'Ivoiriens. Le succès de ces articles est un signe qui ne trompe pas : il est symptomatique des attentes de ce peuple à la recherche du salut.
Les médias d'Etat ont été capturés par le pouvoir régnant : la télé, la radio, le journal d'Etat (Fraternité Matin) sont mis au service de la politique populiste, propagandiste à souhait de la refondation ; et le Pr Koulibaly le sait. Seule la presse privée, malgré toutes les ronces que dresse sur son chemin l'énigmatique CNCA, offre aux Ivoiriens quelques possibilités de se libérer des discours faux, mystificateurs et dangereux que répandent les animateurs des cellules politiques de la refondation. Par ses articles pourfendant le régime actuel, la voix de Venance Konan, telle celle de Jean-Baptiste dénonçant les impudicités d'Hérode-roi, résonne alors aux oreilles des Ivoiriens désabusés comme la voix des sans voix, " qui s'affaissent au cachot du désespoir " selon l'heureuse formule versifiée de Césaire. Voilà ce qui explique le succès de ses articles. Et le Pr Koulibaly le sait. En intellectuel avisé, il sait le pouvoir des mots ; alors, il a décidé, en figure emblématique de ce pouvoir décevant et assassin, d'altérer l'élan de sympathie que les Ivoiriens manifestent à l'endroit de cet écrivain et ce journaliste audacieux. Comment procéder ? Il a trouvé la méthode : discréditer les écrits de l'homme en allant à la recherche de son passé discursif.

III/ Koulibaly comme le lieutenant Colombo
Flair policier. Une torche dans la nuit. Mains fébriles martyrisant les touches suspicieuses d'un ordinateur inquiet : le Pr Koulibaly, président de notre Assemblée nationale, fouine, fouine, à la recherche de quoi ? De traces de perfidies cryptiques laissées par le suspect Venance Konan. Et, comme le célèbre enquêteur de la série, il finit par trouver. Eureka !!! Voilà les preuves du délit : des textes de Venance Konan que son auteur n'a pas mis à la disposition de ses fans ! Des textes qui sont en antipode aux positions qu'il défend actuellement ! On doit pouvoir se donner le plaisir d'en rire !!!
Ici, le Pr Koulibaly nous sert une prose très habile dans la forme : la conduite stylistique et la beauté argumentative de son article séduisent réellement. Mais c'est là un jeu d'amateur de l'écriture qui ne peut impressionner que les novices en la matière. Le procès que fait le Pr Koulibaly à Venance Konan est sans fondement : en gros, il lui fait le reproche d'avoir intentionnellement omis de mettre à la disposition du lectorat, des textes antérieurs à ceux, actuels, qui font la notoriété du journaliste, de l'écrivain et de l'intellectuel qu'est Venance Konan. Et le Pr Koulibaly, président de l'Assemblée nationale, s'est chargé (ça se voit qu'il n'a vraiment rien à faire) de débusquer ces textes et de les mettre à la disposition des internautes. Et vive le nouveau lieutenant Colombo, version ivoirienne ! Voyons, que valent une telle accusation et cette démarche ?
Rien. Rien, du strict point de vue de l'investigation, car ces articles sont déjà connus des lecteurs : ce n'étaient pas des tracts ; ils ont été publiés dans des organes officiels (Fraternité Matin par exemple) ; ce ne sont donc pas des écrits que Venance Konan aurait dissimulés par honte. Pour ce qui est des choix opérés par Venance dans les deux compilations qu'il a publiées (Nègreries et Ngo'ndi), le Pr Koulibaly sait très bien ce qu'est une compilation d'articles : c'est une sélection de textes. En littérature, son synonyme est l'anthologie. L'objet de l'anthologie, tout comme celui de la compilation, est de sélectionner les pièces les plus représentatives de la production d'un créateur, d'un penseur, d'un écrivain. C'est pourquoi la compilation, de même que l'anthologie, propose ce qu'on appelle " des morceaux choisis ", des pages brillantes : sélectionner, c'est éliminer.
Question : qu'élimine-t-on ? Réponse facile : les pièces qui ne nous paraissent pas/plus représentatives de nos pensées. Mais l'élimination n'est pas reniement ; c'est pourquoi, Venance Konan peut dire, en toute aise, qu'il ne se renie pas en ne (re) publiant pas les textes antérieurs à ses productions actuelles. En réalité, c'est de l'acte de nier (ne pas reconnaître le fait) plutôt que celui de renier (refuser) que parle Venance. Le premier verbe nous renvoie au mensonge, tandis que le second exprime un rejet et un refus ; rejet et refus de tout ce qu'il estime, aujourd'hui, comme parasite de sa pensée. Or, Venance Konan reconnaît avoir produit ces textes que le Pr Koulibaly incrimine ; mais il nous dit qu'il s'est rendu compte, à l'épreuve des faits, que ces positions étaient erronées. En quoi cela est-il de la désinvolture ? Devait-il s'accrocher, vaille que vaille, à des idées que sa propre intelligence a disqualifiées ?

IV/ La mémoire des actes : les silences troublants du Pr Koulibaly
Sous le régime de la transition militaro civile à laquelle ont participé le Fpi et le Pr Koulibaly (il y était ministre de quelque chose), de nombreux journalistes furent bastonnés ; le Pr Koulibaly a-t-il eu le courage de dénoncer ces graves atteintes à la liberté de la presse ? En septembre 2004, des fanatiques de ce régime ont brûlé des entreprises privées de presse, saccagé leurs bureaux. Le Pr Koulibaly a-t-il jamais eu à dénoncer ces graves infractions ?
Sous la transition militaire, des hommes en armes assassinaient, de manière périodique, des ressortissants du Nord, dans l'arrière cour de la Rti ; nous le savions, tous. Nous avons dénoncé ces crimes. Jamais nous n'avons entendu la voix du Pr Koulibaly se joindre aux nôtres. Venance Konan a pourtant, lui, pris fait et cause pour Abdoudrahamane Sangaré, grand militant du Fpi et figure emblématique de ce parti, bastonné par des agents de police sur ordre d'un ministre Pdci. Proche de nous dans le temps, Assalé Tiémoko a croupi durant une année entière dans les geôles infectes de la Maca, pour avoir dénoncé les forfaitures de notre appareil judiciaire conduit par les refondateurs. Combien de plumes et combien de voix ne sont-elles pas élevées pour s'indigner de cet acte répressif et exiger ou demander la libération et la clémence du chef de l'Etat pour ce jeune homme brillant, sorti de nos universités ? Des étudiants sont pris en otage, puis tués froidement sur le campus par des voyous prétendus fescistes (en réalité des jeunes fous psychologiquement armés par le pouvoir des refondateurs pour tuer). Le Pr Koulibaly a-t-il jamais eu à esquisser la moindre stature de protestation face à tant d'horreurs inacceptables que tout (vrai) enseignant et tout (vrai) intellectuel devait avoir le courage de dénoncer ?
Chaque manifestation dans ce pays débouche toujours sur des morts d'hommes, tués par la soldatesque de ce régime frileux : marche pacifique de ménagères apolitiques, intention de marche des militants de l'opposition réprimée dans le sang en mars 2004 (plus d'une centaine de morts) ; récemment, à Gagnoa et dans d'autres villes du pays, les manifestations ont occasionné des morts d'hommes.
Il y a un grave antécédent : en 1994, le Pr Bernard Zadi et l'Usd entrent au gouvernement de Kablan Duncan afin d'y aller apprendre l'art de gérer les affaires de l'Etat et contribuer aussi au redressement du pays. Le Fpi réagit outrageusement à cette option et, par sa presse (le journal " La Voie "), met une cagoule sur la tête de l'éminent professeur, universitaire de renom et écrivain de notoriété mondiale ! Ah cette cagoule sur la tête de Bernard Zadi ! Cette cagoule de l'offense et de la falsification de type stalinien sur une photo historique. L'acte est d'une gravité politique extrême : il signifie la sentence de mort au traître !
Nous (Venance surtout) avons écrit mille et une lignes de protestation pour dénoncer cette affreuse culture du terrorisme et du crime promue par les refondateurs. Où était l'universitaire, l'agrégé Mamadou Koulibaly, dans ce noble combat pour la liberté et les droits de l'homme que nous avons mené et que nous continuons de mener malgré les menaces de tous ordres (émanant des refondateurs) qui pèsent sur nos vies et celles de nos familles, femmes et enfants? Quoi ? Mamadou Koulibaly, l'universitaire, n'a pas pu s'indigner d'un acte aussi criminel dans son essence que celui-là ? Un acte de cette dimension porté contre son collègue, son aîné académique ? Et c'est cet homme-là, Koulibaly Mamadou, qui se donne aujourd'hui le luxe inquiétant d'écrire ceci : " Je me suis battu pour les droits et libertés individuelles () Je poursuis ma croisade contre tout ce qui peut être un frein à la consolidation de la Nation, de la République et de la démocratie () Je consacre toute mon énergie à la recherche des libertés à conquérir pour chaque Africain ! "
Mon Dieu !!! Pour qui nous prend cet homme ? Oui, on peut le dire : Zorro est ressuscité en Koulibaly Mamadou ! Pour peu, Mandela lui-même ne serait qu'un petit farceur dans la conscience collective des Sud-africains et des Africains !...
" () libertés à conquérir pour les Africains ! " Quelle prétention déplacée ! J'ai l'impression que le Pr Koulibaly assimile l'Afrique à un petit quartier de Koumassi ! Comme il est vraiment facile de dicter des articles savants et mystificateurs à une secrétaire de bureau, surtout quand on est président de l'Assemblée nationale et qu'on s'ennuie à ne rien faire d'autre qu'attendre un mirobolant salaire mensuel ! Vaste imposture ! Quand on s'est tu comme l'a fait le Pr Koulibaly sur toutes ces atteintes aux droits de l'homme en Côte d'Ivoire, quand on a observé le silence sur tous ces crimes insalubres et inacceptables qui ont cours dans notre pays depuis le règne des refondateurs, on doit avoir la décence de peser un peu le poids des mots qu'on parsème sur une feuille frileuse !

V/ Des accusations graves
Le Pr Koulibaly écrit ceci à l'endroit de Venance Konan : " Hier, vous militiez pour que les étrangers soient jetés à la porte de la Côte d'Ivoire ". Le propos est grave ; il est grave parce qu'il n'est pas que faux : c'est un vaste mensonge comme un homme d'Etat digne de l'être ne peut en proférer avec autant de désinvolture et de haine contre une personne. JAMAIS Venance Konan n'a soutenu une telle thèse ; et je mets au défi le Pr Koulibaly de nous citer un article, un seul, de Venance Konan où ce dernier aurait écrit de tels propos qui, assurément, auraient suscité de ma part une colère contre lui, comme je sais en manifester dans ce genre de situation. En revanche, ce que tous les Ivoiriens savent de ces pratiques malsaines, c'est que c'est le Fpi qui a toujours attisé la haine contre les étrangers (ils nous ont dit que ce sont eux qui nous ont fait la guerre) ; ce que les Ivoiriens savent, c'est que c'est le Pr Mamadou Koulibaly et les intellectuels du Fpi qui ont alimenté (ils continuent de le faire) la haine de ces fous qu'on appelle ''Jeunes patriotes'' contre la France, contre Jacques Chirac et, par-delà eux, les Blancs.
Le professeur écrit aussi : " Hier, vos écrits ont animé des hantises et des haines, des peurs et des frayeurs qui ont contribué à donner des alibis à ceux qui ont pris les armes et organisé une rébellion contre l'Etat de Côte d'Ivoire. " Affreux. Vraiment affreux ! Non, nous ne pouvons pas laisser perdurer de telles énormités et contrevérité choquantes : nulle part, le nom de Venance Konan n'est ressorti des propos vengeurs et pleins de ressentiments de ces fils écorchés du Nord contre, non pas la Côte d'Ivoire, mais un régime (celui de M. Gbagbo), un concept (l'ivoirité). Ils l'ont dit clairement. La rébellion du Nord n'est pas un acte de terrorisme contre la Côte d'Ivoire (c'est leur pays), mais contre un système qui a exclu ceux du Nord du pays de la vie politique nationale ; et ce, par des dispositions constitutionnelles aberrantes et dangereuses.
Au centre de ce système, ils ont désigné, de leurs doigts rageurs, l'article 35 de notre constitution ; un article franchement xénophobe. Dois-je rappeler au Pr Koulibaly que cette constitution ''confligène'' et conflictuelle porte la marque du Fpi et celle des militaires de la transition ? M. Bédié était en exil, en France ; les militants de son parti, terrorisés par les militaires que soutenaient le Fpi, n'ont pas été et n'auraient même pu être les initiateurs de cet article qui, à lui seul, constituait le panel de récriminations que ces fils désespérés du Nord ont brandi aux yeux de la communauté nationale et internationale. Et le Pr Koulibaly s'est toujours battu pour que l'on ne touche pas à cette constitution. Celle de la IIè République. Leur République !
En 2001, dans son discours d'ouverture d'une session parlementaire à Yamoussoukro, le président Koulibaly a soutenu que notre constitution était notre boussole, notre bible, notre coran. Il ne faut donc pas y toucher ! A contrario, Venance Konan et moi-même avons écrit de nombreux articles allant dans le sens d'une révision constitutionnelle. Venance Konan, particulièrement, fait partie d'un groupe de réflexion où siègent de brillants intellectuels de notre pays (comme le Pr Konaté Yacouba) en vue d'amener l'autorité dirigeante à ôter de notre texte fondamental cet article. Qui donc, de Venance Konan qui mène un combat officiel en vue d'une modification de notre constitution pour en altérer l'âme nationaliste outrancière et chauvine, et du Pr Koulibaly qui a refusé une telle démarche, est-il xénophobe ?...
Soutenir que ce sont les articles de Venance Konan qui ont donné des alibis à la rébellion, c'est offenser l'âme et la culture profonde de cet homme qui compte même, dans ses relations, plus d'amis étrangers qu'ivoiriens. Mais enfin, le Pr Koulibaly croyait-il que l'âme et les corps suppliciés de ces enfants du Nord que les militaires de la transition (avec la complicité des cadres du Fpi) avaient condamnés à l'exil au Burkina Faso passeraient en pertes et profits ces souffrances indignes ? Le harcèlement infligé aux généraux Coulibaly et Palenfo, les tortures endurées par des enfants de ce pays sous cette transition du viol, du vol, des crimes inouïs et des désespérances, sont-ils le fait de Venance Konan ?...
Le Pr Koulibaly, parlant toujours de Venance Konan, évoque le cas des criminels rwandais. Il ne croit pas si bien faire : le Tpi attend effectivement les intellectuels comme lui, Koulibaly, qui se sont tus quand on tuait des gens, gratuitement, dans ce pays. C'est à lui, certainement, et non à Venance Konan, que le Tpi demandera où était-il et qu'a-t-il dit quand la soldatesque de ce régime fou et criminel ouvrait le feu sur les marcheurs du 24 mars 2004 ; le Tpi lui demandera aussi ce qu'il a fait, écrit ou dit, de manière officielle, quand un officier névrosé de notre armée républicaine, acquis à la cause de ce pouvoir, a tué le Gl Robert Guéi qui n'était même pas en situation de défense ni de belligérance avec ceux qui l'ont capturé quelque part, dans une pièce de la cathédrale St Paul...

Brève parenthèse
sur l'ivoirité
Le Pr Koulibaly dit de Venance que ce dernier s'est " égaré sur les terrains dangereux et mouvants de l'ivoirité ". On peut opposer à cette assertion, une autre, moins agressive et moins démagogique que la première : Venance Konan n'est ni le concepteur ni l'idéologue de l'ivoirité ; le serait-il d'ailleurs qu'il n'y aurait pas de quoi en avoir honte. Je parle, bien évidemment, de cette ivoirité définie par son concepteur, Henri Konan Bédié, comme le ciment culturel de la société ivoirienne, et non de l'ivoirité des politiciens enragés. Ici, il est surprenant de réaliser combien le Pr Koulibaly parle avec hargne d'un concept dont il ne prend même pas la précaution de donner la définition aux lecteurs. Je la donne ; c'est celle que nous propose son géniteur Henri Konan Bédié : " Lorsque nous avons voulu trouver une formule qui évoque la synthèse culturelle entre les ethnies habitant la Côte d'Ivoire, nous nous sommes référés à la géographie et nous avons forgé l'ivoirité qui souligne la qualité de ce qui est ivoirien, au sens culturel et identitaire (). L'ivoirité concerne () en premier les peuples enracinés en Côte d'Ivoire mais aussi ceux qui y vivent et y travaillent en partageant nos valeurs " p. 44 - Les chemins de ma vie).
Je souhaiterais que le Pr Mamadou Koulibaly nous montre, dans cette définition claire et sans équivoque de l'ivoirité, la dimension xénophobe de ce concept. A quel stade de cette définition, M. Henri Konan Bédié a-t-il dit ou même laissé suggérer que l'ivoirité était une chasse aux étrangers ? Sur la question spécifique de l'ivoirité, je suis prêt à en découdre, intellectuellement, avec le Pr Koulibaly - je lui laisse le choix de l'espace d' ''affrontement''. Continuer de soutenir que l'ivoirité était un exposé xénophobe dangereux, c'est offenser le Pr Bernard Zadi, intellectuel de renom et immense homme de culture qui était le ministre de la Culture sous Henri Konan Bédié au moment de la controverse (justifiée) sur ce concept. Le Pr Koulibaly imagine-t-il un seul instant Bernard Zadi complice de dérives de cet ordre ?
Nous ne nions pas les dérives politiciennes que des intellectuels du Pdci ont fait prendre à ce concept ; et sans doute que la faute en incombe à M. Bédié, en tant que chef de l'Etat, pour avoir minimisé les manipulations idéologiques auxquelles s'adonnait le Curdiphe. Mais le Pr Kouliblay sait très bien que les concepts sont ce qu'ils sont, c'est-à dire des idées, des abstractions qui, dès que tombées dans le domaine public, subissent des déformations qui peuvent en affecter la trajectoire originelle et ce, à l'insu même de leurs géniteurs
Le Pr Koulibaly dit de Venance Konan que ce dernier ne cesse de remuer le passé pour exciter les bas instincts du peuple contre les dirigeants. Voyons : qui de Venance (qui dénonce des pratiques actuelles que nous voyons et subissons) ou de Koulibaly (dont la prose batailleuse est sans cesse tournée contre le pacte colonial, Houphouët, Bédié et le Pdci - qui ne sont plus au pouvoir depuis une décennie) remue les cendres du passé ? La colonisation date du XIX è siècle ! Elle fut le fait d'étrangers, des Blancs. Que visent les accusations sempiternelles que lance le Pr Koulibaly contre la colonisation ? Que visent celles contre Houphouët, Bédié et le Pdci ? Démagogie que toute cette prose offensive contre Venance !
Il y a tant à dire sur ce texte du Pr Koulibaly, tant à dire comme ces inexactitudes conceptuelles qu'il a répandues sur l'ivoirité, le populisme, le rôle de l'intellectuel dans la société, la rebfondation (une autre de ses obscurantismes conceptuels), etc. Mais il est temps de souffler, dans l'attente d'autres rendez-vous intellectuels avec lui. Le Pr Koulibaly savait pertinemment que je n'aurais pu ne pas réagir à son article contre Venance Konan, mon seul et véritable ami. Je considère donc qu'il m'avait ''bipé''. Et comme j'avais suffisamment d'unités (j'en ai toujours) pour le rappeler, je l'ai fait. Au prochain bip donc, Pr Koulibaly !
Tiburce Koffi,
Ecrivain et ami de Venance Konan
tiburce_koffi@yahoo.fr.
Tél : 6513-6136.

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