Frère d'armes
Très cher Milo,
Souffre que dans le souci de rompre définitivement avec ce silence complice délétère qui n'a de cesse à rendre l'atmosphère insoutenable, je puisse, à la suite des religieux A. James Wadja, curé de la paroisse sainte Anne d'Adjamé Bingerville et de Germain Gazoua de l'U.C.A.O., à la suite de Venance Konan et de Tiburce Koffi, tous deux auteurs d'ouvrages, je puisse, dis-je, dans un même registre de conciliation, m'adresser à toi, très cher frère, communément désigné sous le vocable "corps habillé", en prélude à un vaste processus de communication à l'éveil des consciences en direction du plus grand nombre des acteurs socioprofessionnels de notre pays en vue d'une paix certaine.
J'ai ainsi osé daigner commencer par ton humble autorité, très cher Milo, parce que après l'Eternel Dieu des armées, Le très Haut Tout-Puissant, après le Roi et sa cour, toute notre vie en dépend, y compris celle du Roi même. Nuit et jour, sous le soleil comme sous la pluie, sur les pistes asphaltées comme sur les voies rocailleuses, dans les villes comme en forêt, tu offres avec bravoure ta vie pour sauver celle d'une multitude. A la première alerte, ce n'est pas le Roi, ce n'est pas le chef de société, ni le pasteur ou le boulanger, mais c'est encore la personne qui se trouve au devant des hostilités, haut-les-c?urs, au nom de la Patrie, pour annihiler, au péril de ta vie, celle de toute une Nation. En ce sens, comme il est permis de le percevoir si bien, le premier élément social exposé aux sacrifices en vue de la paix, c'est bien toi. Il serait alors juste qu'en signe de gratitude, que le peuple, après avoir glorifié l'Eternel Dieu Tout-Puissant, prié pour la santé physique, morale et intellectuelle du Roi, puisse, en ton honneur, exhaler, chaque fois que tu passes dans la rue, des bénédictions de bonheur et de prospérité pour ton épouse, tes enfants et toi, tout ceci dans une atmosphère de paix, de justice et d'amour, unique condition où l'on peut aisément passer de l'homme à l'humain. C'est pourquoi, quel que soit ce qui se passe actuellement, retiens-toi. Tu es un soldat et comme le maître Kun Fun, tu possèdes la force nécessaire pour calmer tes ardeurs face à l'adversité. Nous sommes tous sans ignorer que la situation est difficile et même très difficile pour tout le monde.
Comment comprendre, dans ton cas, par exemple, qu'après une dure journée passée dans les rues, sous le feu de l'action à gérer les démêlés des citoyens dans le but de faire régner à leur niveau un état de quiétude acceptable, une fois retourné chez toi, à la maison, au milieu des tiens, tu puisses être confronté, toi, à ton tour, à régler des charges d'ordre essentiel. Oui, toi, père de famille, tu as à résoudre inéluctablement des charges de premières nécessités vitales des tiens. Mais avec quels moyens?
A toi comme à tous les autres citoyens de ce pays, s'impose un Requis Minimum Existentiel (R.M.E.) qui s'établit comme suit:
Repas quotidien sans le déjeuner: 4.000F/j x 30= 120.000 F
Pour l'hygiène (savon, pâte dentifrice etc.): 25.000 F le mois
L'eau et l'électricité: 20.000F
Le loyer de trois pièces pour une famille de 5 personnes: 60.000 F
Le transport: 60.000 F
Au total pour un (R.ME), il faut au moins 300.000 F
Dis-moi, très cher frère, en vérité, est-ce que sur papier, de manière officielle, ton salaire environne cette somme pour faire face au (R.M.E.) ? Et si cela s'avère même possible, n'as-tu pas toi aussi droit au chapitre d'épanouissement existentiel? Et la retraite pour tes vieux jours après avoir rendu de loyaux services à la Nation, comment arrives-tu à économiser pour gérer ce volet? Voici à peu près tout le lot des tares que la plupart des citoyens de ce pays et toi viviez au quotidien. Demandons pieusement, sans violence, à l'Eternel Dieu Tout-Puissant de pencher le c?ur et la conscience de nos décideurs sur cet état de fait.
N'est-ce pas les raisons pour lesquelles, peut-être, en vue de faire face à ces besoins de premières nécessités vitales dont dépend la vie de ta famille qu'il t'arrive, cher Milo, de t'entreprendre comme tous les autres acteurs professionnels, à la chose la répandue aujourd'hui: le racket? L'Instituteur, le professeur, le médecin et même les hauts cadres de ce pays en font autant, pour, disent-ils, à tort ou à raison, la survie des leurs. Comme les autres, ton épouse, tes enfants ont eux aussi non seulement besoin, mais ont aussi droit de se nourrir, de se vêtir et de s'épanouir. Mais avec quels moyens, officiellement ?
Il se pourrait que tu aies effectivement raison d'agir ainsi. Mais, s'il te plaît, aide-moi à réfléchir: Notre pays, la Côte d'Ivoire, est-il un Etat pauvre?
A cette question, par éventuelle insuffisance de réponses, je ne te convoque pas à verser dans de vaines élucubrations oisives et oiseuses de nos très chers politiciens. Il nous suffit d'ouvrir simplement les yeux pour voir. Pendant que toi et moi avons ainsi du mal à assurer le (R.M.E.), pour, ne serait-ce que, la survie des nôtres, il y a par jour, lorsque tu es en faction, plus d'une centaine de luxueuses carrosses, à des valeurs exorbitantes dont les propriétaires auraient, dans le genre, trois ou quatre parquées dans les garages de trois ou quatre de leurs châteaux. Ça, c'est une réalité. Bon nombre ont, à la la sueur de leur front et l'effort de leur intelligence, acquis ces biens. Mais il en existe, qui, sur papier, officiellement, ne gagnent que 500.000 de nos francs par exemple, dont les villas en absorbent déjà près de la moitié, avec un train de vie très éloigné, en qualité, des nôtres. Comment s'arrangent-ils alors sur un nombre d'années d'exercice d'ingénieuses économies à s'offrir tout ce riche avoir?
Ne nous permettons pas d'aller si loin dans les détails. C'est de l'ordre du vécu quotidien. Mais, ce que toi et moi avons à savoir, c'est que ce fléau prenant de l'ampleur considérable, il risque de conduire tout le monde dans un engrenage de victimisation généralisée, si on n'y prend garde. Le pire des cas à envisager par exemple s'illustre dans le rôle du médecin qui doit décider d'un ultime diagnostic pour toi en situation d'une crise aiguë, pourtant ce dernier assumerait cette fonction seulement qu'après avoir acheté ses diplômes (BEP.C, BAC et autres). Vois-tu, cher frère Milo, où peut nous conduire notre laxisme?
Voilà pourquoi, très cher frère Milo, en attendant que ma modeste contribution atteigne les autres acteurs de la couche sociale, je te prie sincèrement de faire au mieux du possible ce que tu as à faire, en toute âme et en toute conscience, dans la justice et dans le droit, sans humilier ou frustrer tes frères, assisté de la force de Dieu à aider le Roi à gouverner ce pays. Sache-le très bien, le premier germe de l'instant de l'émergence d'une juste et noble cité commence par toi comme agent manifeste de l'ordre, de la discipline et de l'équité, outils indispensables à l'établissement d'une véritable cité démocratique ivoirienne. C'est seulement dans le lit de cette atmosphère que librement, le Roi peut s'amener à déployer ses divines intelligences pour le bien de chacun et de tous. Rappelle-toi, le Président Bédié en avait besoin pour mettre en place ses douze grands çhantiers de l'Eléphant d'Afrique. Depuis son accession au pouvoir, l'actuel chef de l'Etat, son Excellence, M. Laurent Gbagbo, n'arrive pas à poser les premières pierres de sa refondation. Les pauvres Rois soufrent pour nous, il faut le reconnaître. N'oublions pas que le livre Saint, en Romain XIII, certifie que: "chacun dans cette vie doit obéir aux représentants de l'autorité, car souligne-t¬il, il n'y a d'autorité que celle qui vient de Dieu. Donc, celui qui résiste à l'autorité, s'insurge contre un décret de Dieu et ceux qui s'insurgent préparent leur propre condamnation". Mieux vaut pour toi et pour moi, alors très cher frère Milo, que nous n'ayons pas à être en situation délictueuse avec ce Dieu Tout-Puissant. En passant, il est bon de savoir que les tergiversations au sujet de son "être" ou "non-être" ne sont plus à l'ordre du jour. Il s'est tellement manifesté à nous, à telle enseigne que nous devrions maintenant devenir ses nouveaux prophètes ici sur terre. Tout dernièrement encore, souvenons-nous, pendant les obsèques de nos braves soldats tombés lors de l'attentat de Bouaké, n'est-ce pas qu'un phénomène d'ordre totalement irrationnel, preuve de l'existence d'un non être comme étant fondateur de tout étant, s'est produit? Dès lors, sache que c'est seulement, un jour, dans l'après-midi, à 17h, une fois déposé au cimetière de Williamsville, qu'après moult tractations d'une théâtralité hypocrite des "encore existants" en acte de te prouver leur ultime indéfectible attachement et une fois retournés de nouveau à poursuivre la vie à l'existence, que toi, tout seul, tu te verras être soumis à répondre de tous tes actes que tu aurais posés ici sur terre. Simplement, aujourd'hui, très cher frère Milo, je te demande, dans l'exercice de ta noble fonction, de sentir, de penser et d'agir dans le sens du bien, de la vérité et du beau, rien que ça pour servir Dieu, le Roi et le peuple à l'image de certains braves acteurs de la scène socio-économico-politique, les Directeurs Généraux des Douanes, du Trésor, de la SOTRA; les hommes d'affaires comme Zadi Kessy Marcel de la SODECI, de Diagou Jean Baptiste des assurances, du jeune Jean Louis Billon, sans oublier l'ancien ministre de la Sécurité, les actuels ministres Bohoun Bouabré et Charles Diby qui occupent leur vie entière à ?uvrer auprès du Roi pour le bonheur des Ivoiriens. Il y a encore bien d'autres exemples et toi, sois l'EXEMPLE DE DIEU.
M. Cyprien N'DRIN Yao
Professeur de philosophie
à l'enseignement catholique
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