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Le 30 novembre, Adama Dahico, président du Dromikan sera investi par les militants de son parti lors d'une convention qu'il veut spectaculaire avec toutes ses surprises. Dossiers en béton sur un tel, ses soutiens, un discours nouveau, un programme de gouvernement et une politique, selon lui, originale. Une production, précise-t-il, signée Adama Dahico ? 20 ans de carrière dont dix ans d'humour ? dans laquelle il fait comprendre le sens de sa convention tenue le 30 novembre qu'il veut une Journée de la paix . Dans cette interview faite de dénonciation, d'engagement et de prise de position, et dans un cadre où les élections ont été reportées, l'humoriste joue son jeu.

A la différence de vos adversaires politiques qui ont tenu à Yamoussoukro la convention de leur parti, vous choisissez Abidjan pour une convention que vous annoncez spectaculaire. Serait-ce une stratégie politique pour le Dromikan, votre parti ?


Effectivement. Vous savez que dans un parti politique, ce sont les stratégies qui font avancer les idées. C'est vrai, d'autres vont à Yamoussoukro qui est la capitale politique.. Eux, ils font vraiment la politique. Nous faisons la politique, comme on le dit - entre guillemets - pour manger. On ne peut mieux manger que dans la capitale économique. C'est-à-dire à Abidjan. Voilà pourquoi nous sommes resté à Abidjan. Nous y restons à Abidjan pour la simple raison que nous ne voulons pas faire comme les autres. Abidjan, pour nous, répond à une stratégie où nous devons ratisser large. Sinon, dans les autres villes de la Côte d'Ivoire, on gagne à 100%. C'est Abidjan qui est vraiment un terrain difficile où nous devons nous battre. Voilà pourquoi nous faisons la convention à Abidjan.





La date limite de l'identification à Abidjan est annoncée pour le 29. Est-ce que là où vous comptez ratisser large, tous vos militants se sont fait enrôler ?





(Rire). Les premiers chiffres qui ont été donnés par la CEI (Ndlr, Commission électorale indépendante), concernant les enrôlés, 80% étaient déjà nos militants. Ce qui nous a réjoui. Il est vrai, il y en a qui ne se sont pas encore fait enrôler. Ceux-ci ont compris qu'il faut aller vite. Mais, s'ils ne l'ont pas fait, le jour de la convention, c'est-à-dire, le 30 novembre, nous viendrons avec une valise du parti et nous- mêmes ferons l'enrôlement juste après la convention.



Le 30 novembre qui était prévu être la date électorale mais, reportée, est le jour choisi pour la convention de votre parti. Pour les adversaires qui, comme vous dites, font vraiment la politique et qui attendent qu'une date soit fixée, qu'elle est pour le Dromikan l'enjeu ?




Effectivement. Je voudrais simplement vous dire que le 30 qui était prévu être la date des élections en Côte d'Ivoire devrait être, pour nous, une Journée de la Paix . Parce qu'on aurait eu des élections et la réélection ou l'élection d'un président de la République. Dans tous les cas, cela devait se fêter. Et, tous mes militants ont inscrit dans leur agenda la victoire du Président Adama Dahico . Comme nous respectons notre programme, nos engagements et notre parole, nous avons dit, ce jour-là (Ndlr, le 30 novembre), quel que soit ce qui va se passer, nous allons fêter notre victoire. Si nous gagnons les élections à une date ultérieure, il ne sera plus question de faire la fête. On va se mettre au travail ! Aussi nous sommes-nous dit que le 30 novembre est tellement dans la tête des gens, nous allons tranquillement l'occuper ? au moins ? pour respecter le calendrier, pour respecter ce que nous avons dit à nos concitoyens.





Comment cela va-t-il se passer ?


A 15 heures 30, nous allons mobiliser tous les militants. Les délégués vont venir de partout. Les clubs de soutien viendront témoigner leur reconnaissance. Ce qui est intéressant, c'est le thème de la convention : le FPI qui sera soutenu par le RHDP. Le FPI, c'est le Futur Président Ivoirien. Vous le savez. Le RHDP, c'est le Rassemblement des Humoristes pour la Détente et la Paix. Peut-on trouver mieux que ce thème tout en sachant que le RHDP (Ndlr, Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la paix) est dans le gouvernement du Front Populaire Ivoirien. Donc solidaire des actions gouvernementales. C'est ce que nous voulons faire comprendre à travers notre convention, vraiment spectaculaire. Tous ceux qui viendront sauront qu'ils ont un grand parti. Le parti qui donne le rire et de la joie. Parce que seuls la joie et le rire peuvent nous permettre de vivre longtemps. Mes adversaires politiques sont des gens très intelligents, des intellectuels dont suffisamment grands pour comprendre que c'est un humoriste qui est en train de faire ce pour lequel il est apprécié, adulé et applaudi. Ce n'est pas une arme dangereuse. C'est plutôt pour dire que nous prêtons attention à tout ce qui se dit et se fait.





Des articulations de la convention ?



En d'autres termes, je peux dire que j'aurai des dossiers sur le pays. Je vais donc donner mon point de vue sur le programme de gouvernement de mes adversaires et proposer d'autres choses à la place. Aussi allons-nous déballer tous les dossiers en béton ? dont nous disposons - de nos adversaires politiques car, eux également, ont des dossiers me concernant. Voyez-vous, c'est à cette convention que nous pourrons réconcilier toute la Côte d'Ivoire avec tous les dossiers que nous avons en notre possession.


C'est pour faire comprendre (Ndlr, d'un air sérieux), que le 30 novembre qui était une date où, honnêtement, il allait peut-être se passer des choses inimaginables ? parce qu'il est difficile de perdre une élection en Afrique et il est difficile aussi de reconnaître, peut-être, sa défaite ? car il y a trop de passions et de tensions quand il y a les élections. Dieu nous a, peut-être, dit : ce n'est pas ce jour-là que vous ferez vos élections. Parce qu'il y aura tel chose. On fait reporter . Nous acceptons. Maintenant, que faisons-nous pour cette date du 30 ? Nous avons pris l'engagement ? comme un spectacle ne peut se faire en tant que tel un matin où les gens vont à la messe et doivent se reposer ? je pense, après la messe, le repas et le repos, à partir de 15 heures déjà on peut se retrouver en famille au Palais de la culture, s'amuser jusqu'à 18 heures, se requinquer et reprendre le boulot le 1er (Ndlr, décembre) avec une autre mentalité. Pour dire, les élections ont bel et bien été reportées et que notre futur candidat, c'est Adama Dahico ; lui au moins, nous procure la joie. C'est ce qu'il faut retenir.




Ce spectacle est le premier depuis le FIRA. En quoi sera-t-il différent des représentations antérieures pour couper avec la monotonie ?





Ecoutez, le public qui viendra, ne changera pas de façon de rire ! C'est la seule manière de rire. C'est pour tout simplement dire que Adama Dahico est l'un des rares artistes humoristes qui est innovant dans la mesure où il travaille sur l'actualité. Déjà le thème, précis, que nous évoquons ne l'a jamais été dans un spectacle. C'est le candidat Adama Dahico qui sera investi comme tous les candidats des autres partis politiques. Qu'est-ce qu'il va dire par rapport à son programme de gouvernement ? Sinon, les autres n'ont rien inventé pour leur programme de gouvernement lors de leur convention. Ce sont les mêmes programmes qu'ils ont relus. Seul le cadre a changé. Ce sont les mêmes discours qu'on nous tient depuis des années. Le Dromikan viendra, lui, pour tenir un autre discours. Par exemple : il a (Ndlr, le Dromikan) un adversaire politique qui a dit que son projet de société est précis et chiffré. Nous, nous avons déjà les factures proforma des investisseurs. Des factures que nous allons montrer aux Ivoiriens pour leur dire que les investisseurs sont à nos portes (Ndlr, la Côte d'Ivoire). Aucun parti politique ne peut me dire que les investisseurs ont donné une lettre d'intention. C'est de un. Ce que je peux aussi dire, mon cher ami, les gens viendront pour voir autre chose. Savez-vous que dans ce pays, il existe l'Association des chauves et calvitie de Côte d'Ivoire ?




Qui en est le président ?



Voilà ! Leur bureau politique viendra me témoigner leur reconnaissance et tiendra un discours. Un discours auquel je donnerai ? à leurs doléances ?, peut-être, une réponse. Que diront-ils ? Il faut venir écouterIl faut venir à la convention pour savoir. Il y a beaucoup de surprises dans cette convention. Mais, il faut reconnaître que c'est une production signée Adama Dahico. Et qui dit Adama Dahico dans le paysage humoristique, c'est une responsabilité et un engagement. Je veux vraiment dire aux Ivoiriens et aux citoyens qui vivent en Côte d'Ivoire que l'humour est un art de partage et de solidarité. Il n'y a pas que les Ivoiriens qui militent au Dromikan. C'est le seul parti en Côte d'Ivoire où il y a toutes les nationalités parce que c'est la joie, c'est la paix.





Toujours en politique et revenant sur le discours nouveau que dira le Dromikan, comment votre parti compte-t-il apporter le changement ?



Le changement que nous voulons apporter ce n'est pas d'enlever les hommes qu'il faut à place qu'il faut. C'est de changer et faire changer les mentalités. Faire comprendre aux uns et aux autres que quand on fait la politique, on doit être considéré comme un agent de développement parce que, pour nous, la politique est un art pour mettre en place des stratégies dans une action de développement. C'est tout.




Vous venez justement d'être distingué dans ce sens ?


Justement, une ONG américaine m'a décoré pour ma contribution au développement culturel () Maintenant, tout individu, politicien, qui n'arrive pas à mettre en place une bonne politique, à faire le travail pour lequel il a été mis là, c'est-à-dire, toute personne qui n'arrive pas à rentrer dans le développement est, pour nous, un Politirien . Nous allons faire comprendre aux uns et aux autres qu'il faut tout simplement changer de mentalité. A la jeunesse, nous allons faire comprendre que ce n'est pas sur X ou Y qu'il faut compter. Mais, il faut compter tout simplement sur soi-même, sur sa compétence, sur sa mentalité, sur son efficacité pour avancer. Nous n'allons pas promettre, proposer des miracles, ni mettre des milliards dans la poche de chacun. Aux dirigeants, ceux-là que nous nommons à des postes de responsabilités, nous allons faire comprendre qu'ils gèrent un bien public et non leurs poches personnelles. Il faut éduquer les gens dans ce sens. Les enfants qui sont les dirigeants de demain doivent être inculqués de ces valeurs, religieuses, morales, spirituelles aussi. A tous les niveaux, nous ne ferons que des petites propositions. Il appartient aux uns et aux autres de les mettre en valeur c'est tout. Nous n'allons pas proposer de solutions miracles aux Ivoiriens. Nous allons faire des propositions concrètes.





Après la nomination de Tiken Jah comme Ambassadeur pour la non-violence, pensez-vous que sa tâche sera facile ?



Cela va être difficile. Je pense que, dès maintenant, si nous prenons nos responsabilités pour informer et conscientiser tous ceux qui détiennent les armes légères, ce sera une bonne chose. La meilleure façon de lutter contre la prolifération des armes légères, c'est de ne plus fabriquer des armes. La meilleure façon de désarmer, c'est également de ne plus fabriquer des armes. C'est vrai, aujourd'hui, des armes circulent. Beaucoup ont des armes sans un permis d'autorisation de port d'armes. C'est dangereux pour une nation. Dès qu'il y a un petit mouvement, chacun va s'en servir. Il faut dès maintenant se mettre au travail. Que le désarmement soit effectif. On peut présenter 150 armes alors qu'il y a 200 qui sont cachées. Les milices existent. Il y a des gens qui n'ont pas le droit d'avoir des armes sur eux, qui les ont. Il y a un travail de fond qu'il faut faire. Sinon, nous sommes des perpétuels bénéficiaires de balles perdues.





Allons aux USA. Les élections là-bas, comme le déroulement d'un film avec ses suspenses et ses émotions, ont eu une audience mondiale et ont donné l'exemple d'une démocratie vraie. Pourquoi sous nos tropiques, où selon vos termes il est difficile de perdre une élection et de reconnaître sa défaite , les élections sont une période avec tous les risques ?


Les élections en Afrique sont des moments, je peux dire, de tensions. Dans la mesure où il y a certaines personnes qui ne veulent perdre certains privilèges. Il y a d'autres qui veulent forcément arriver au pouvoir présidentiel, accéder à des postes avant de démontrer ce qu'ils ont dans la tête et qu'ils méritent un tel poste. Alors qu'on peut être un acteur de développement en se mettant au service de la société, sans dépendre de quelqu'un qui est, comme on dit, aux affaires. Je pense que cela dénote de la mauvaise compréhension de ce que c'est que gérer un parti politique ou militer dans un parti politique ; la mauvaise compréhension ? dès le départ ? du multipartisme, de la démocratie et le changement qui s'est opéré en Afrique. Parce que nous avions à l'époque le parti unique. L'Occident a demandé qu'il y ait une démocratie afin que les gens puissent bénéficier d'appui, de fonds de développement. Il y a eu le multipartisme, la démocratie, les fonds ont été donnés mais l'argent a été dilapidé. Donc, il n'y a pas eu une culture démocratique au niveau de nos leaders politiques. Les gens viennent au pouvoir pour dilapider, pour se remplir les poches. En Afrique, ce sont des choses qui se démontrent. Dans certains pays, les commerçants sont plus riches que les politiciens. Aujourd'hui, c'est devenu le contraire. Ce sont les politiciens qui ont plus d'argent que les hommes d'affaires. Ce n'est pas normal ! Il faut une gestion rigoureuse des biens publics. Si le politicien gère l'argent du contribuable, s'il ne reçoit que son salaire et qu'il a un minimum pour survivre, je vous assure qu'il ne ferait pas la politique. Il chercherait à faire des affaires. Mais, comme la politique lui donne la possibilité de piller encore qu'il n'y a pas de poursuite et qu'il y a l'impunité, nous allons continuer à assister à des bagarres, à des tensions pendant les élections. Parce que les gens sont prêts à prendre de l'argent, le donner à des jeunes pour aller dans la rue, casser, pour dire non? au lieu d'avoir des arguments ? comme on le voit aux Etats-Unis, en France ? dans la campagne électorale pour convaincre l'électorat et gagner par la suite. Voilà pourquoi je dis : l'Afrique doit revoir sa manière de faire la politique. Ce que nous voyons n'est pas de la politique. C'est, je pourrai dire, comme un film d'action dans lequel il y a tout ce qui est arme, tout ce qui est coup bas, hypocrisie, mauvais esprit.


La suite demain

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