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Etait-il possible que M. Laurent-Dona Fologo ne fît pas l`actualité ? A-t-il d`ailleurs jamais été ignoré des medias de notre pays ? Forte figure sociale et politique ivoirienne pour avoir assumé plusieurs et hautes fonctions administratives et politiques (ex DP de Fraternité Matin, ex ministre de l`Information, ex ministre de la Culture, ex ministre de la Jeunesse et Sport, ex ministre de - j`en ai oublié), ex secrétaire général du PDCI-RDA dont il fut un des plus fervents hérauts, actuel président du Conseil économique et social, président du RPP, Laurent-Dona Fologo est, assurément, une voix, une image, un nom qui s`imposent d`eux-mêmes, en Côte d`Ivoire. Parce que l`homme pèse d`un poids politique à ne pas sous-estimer, parce qu`il est, réellement, une forte et respectable présence médiatique dans notre vécu quotidien, nous ne pouvons rester indifférents aux discours, réguliers, qu`il tient. Et il en a tenus. Surtout ces derniers mois.
Abattons tout de suite les cartes, rien que pour le confort du lecteur : je décline clairement mon opposition à la prose politique ``fologuienne``, car elle s`inscrit, à mon avis, dans une trajectoire où il paraît difficile de démêler entre le discours intéressé d`essence opportuniste, la réaction émotionnelle, instinctive (où s`entremêlent haine, désir de vengeance, besoin de sur-vivre, etc.) et le souci de participer sincèrement à la (re) construction du pays par un agir réellement républicain. Allons donc à l`exploration du temps pour capturer quelques restes éparpillés du logos du M. Fologo, afin d`en décrypter le contenu caché et le livrer à la sapience du lecteur.

I/ Logique d`un "anti bédiéisme" surprenant

Le jour où, sous des régimes démocratiques (dont nous espérons ardemment l`avènement), notre désolante télévision ivoirienne retrouvera sa mémoire (si elle en a toutefois jamais eue), les Ivoiriens auront certainement loisir de réentendre M. Fologo tenir les propos suivants, sur le plateau de " 90 minutes pour convaincre ", une émission de Thomas Bahinchi : Le président Henri Konan Bédié peut dormir tranquille, il n`a pas d`adversaires. Le célèbre journaliste cherchait alors à recueillir le point de vue de M. Fologo sur le climat socio politique (de ces moments-là), lourd de conspirations, d`actes insurrectionnels (posés par le FPI, le RDR, la Fesci) et d`incertitudes quant aux élections à venir. M. Fologo nous disait alors que le président Bédié pouvait dormir tranquille. Nous étions vers la fin du mois de novembre 1999. Quelques petites semaines après, M. Bédié et ses suiveurs, et son parti, et son gouvernement, étaient chassés du pouvoir par un coup d`Etat dont les auteurs furent servis (cas de Guéi) et sont servis actuellement (Gbagbo et le FPI) par Laurent Dona-Fologo ; et cela, avec une dévotion qui nous interpelle. Qui doit même nous interpeller ! Surtout que, moins de 20 mois après le coup d`Etat, nous apprendrons, de manière surprenante, du même Fologo, que le président Bédié était " Un chauffeur qui dormait au volant ! "
Allons, raisonnons un peu : or donc, Fologo avait menti aux Ivoiriens, et en direct de la télévision, quand il affirmait que M. Bédié ``tenait bon la barre ?`` - l`expression est à la mode chez les Refondateurs. M. Fologo avait donc menti aux militants de son parti, et en direct ! Il avait donc et surtout trompé le président de la République, Henri Konan Bédié, en lui faisant croire que tout allait bien, alors qu`il pensait tout à fait le contraire de ce qu`il lui disait. On imagine d`ici, comment il a dû faire croire au Président Bédié que ce dernier était le prince le plus habile, le président bien-aimé des Ivoiriens et, enfin, que ce peuple était prêt à donner sa vie pour lui, Konan Bédié de Daoukro, l`enfant de la pluie que célébra même le grand Ernesto Djédjé au faîte de la gloire !
A quelle fin M. Fologo s`était-il livré à ce jeu infect qu`il continue de jouer, avec le même talent, sous ce régime pourri dont l`odeur de la décomposition a fini d`envahir les narines des Ivoiriens ? Nous ne désespérons pas de pouvoir répondre un jour à cette question, car, au fur et à mesure que passe le temps et que dure cette crise, des faisceaux de lumière éclairent progressivement le tableau opaque et sombre du coup d`Etat de décembre 1999. Ici, posons-nous quelques questions fort simples : "lDe la réalisation de ce coup d`Etat
Tout ivoirien l`a admis : ce coup d`Etat s`était fait avec une facilité déconcertante qui a fait dire à bon nombre d`entre nous que, le prince s`était amusé avec le pouvoir ; raison pour laquelle il l`avait perdu avec autant de facilités. Avec un peu de lucidité et de froideur, interrogeons-nous, aujourd`hui, sur le bien-fondé d`un tel grief : quelle (s) précaution (s) aurait-on voulu que M. Bédié observât contre d`éventuels actes de conspiration, quand ses plus fidèles soutiens, ses béquilles les plus sûres, ses mentors mêmes, à l`exemple de Laurent-Dona Fologo, républicain avant la lettre, ``houphouétiste`` convaincu et convaincant d`alors, l`avaient assuré (nous avait même tous assurés) qu`il n`y avait aucun péril en la demeure et que la situation était sous contrôle ? Pourquoi aurait-on voulu que M. Bédié se méfiât de collaborateurs comme Fologo en qui il avait investi toute sa confiance, comblant, conséquemment, tous leurs désirs et besoins ; ces collaborateurs de confiance qui lui avaient répété, à l`envi, que tout se passait bien et qu`ils maîtrisaient la situation ?
En vérité, le rôle de M. Fologo et de certains hommes de confiance du prince (instruits de l`imminence d`un ``inévitable`` coup d`Etat), n`avait-il pas été d`endormir la méfiance et la vigilance qui devraient animer l`esprit du président ? Dans tous les cas, par leur culture de la flagornerie (qui caractérise les courtisans et autres rats des palais), cet entourage de confiance, à l`instar de M. Fologo, n`a-t-il pas énormément contribué à l`affaiblissement du pouvoir du prince en en faisant baisser la garde défensive ? Je n`émets, pour le moment, que des hypothèses, pour m`aider à saisir la logique de cet anti ``bédiéisme`` farouche que M. Fologo étale à chacune de ses interventions, contre un homme qu`il avait servi avec tant de passion et d`obséquiosité serviles. Les deux autres hypothèses qui vont suivre, nous instruiront sans doute un peu plus sur le comportement de M. Fologo.

Un prisonnier de la haine (1)

C`est d`une haine, non pas contre Henri Konan Bédié, non point contre le PDCI, mais contre Alassane Ouattara, qu`il s`agit ! Eh oui, une haine contre Alassane Ouattara. Deux mobiles me semblent alimenter cette haine : la place de leader du Nord que Ouattara lui a ravie, la menace qu`a représentée ce dernier pour la succession d`Houphouët. Quelques mots sur ces deux mobiles. M. Fologo rêvait d`être le leader du Nord. Et sans doute qu`Houphouët l`y avait encouragé d`une manière ou d`une autre ; son maintien et sa longévité au sein de l`appareil gouvernemental (22 ans au moins), ne sont pas innocents. Après Mamadou Koulibaly (ex-président du Conseil économique et social) grande et respectable figure politique du Nord et fidèle compagnon du président Houphouët, le Nord en était à espérer en l`avènement d`un nouveau leader. M. Fologo a rêvé du manteau de ce chef charismatique du Nord, susceptible de devenir, après Houphouët, un pôle important de l`alternative successorale. Mais, Ouattara, nouveau venu sur l`échiquier politique, ce freluquet politique d`Alassane Dramane Ouattara, a brisé ce rêve en réussissant à se positionner comme le leader charismatique du Nord ; d`où un premier motif de haine.
Plus grave, M. Ouattara a failli compromettre la succession du président Houphouët par Henri Konan Bédié, en ``conspirant`` contre la Constitution. Or, H. Konan Bédié symbolisait outre le testament d`Houphouët, le garant de la survie sociale et politique de la génération de politiciens à laquelle appartient Fologo. Sur cette question, je répète (à quelques mots près) ce que j`ai déjà eu à écrire dans mon livre " Côte d`Ivoire, l`agonie du jardin " : ce n`est ni par amour émouvant pour le successeur constitutionnel d`Houphouët, ni par conviction républicaine que Fologo a pris position pour Bédié ; c`est par réflexe de survie sociale et politique. C`est par solidarité de classe, en vue de la sauvegarde d`intérêts de classe sociale et politique : Ouattara (jeune cadre aux idées avant-gardistes, à la recherche de ``sang nouveau``) était une menace pour Fologo et sa génération de militants (conservateurs et dépassés) du PDCI, qui attendaient de succéder à Houphouët.
Fologo hait Alassane Ouattara ; il le hait à un point que ce dernier ne peut soupçonner. Et M. Fologo sait très bien que ce que j`écris ici, est vrai. Il s`était juré de détruire Ouattara. Mais comme il se sait incapable de l`affronter de front (la redondance est voulue), il a habillement man?uvré en transférant cette haine entre les mains d`Henri Konan Bédié qui en devint l`exécuteur malhabile : ce n`est pas de sa faute, il n`a pas une culture du mal. Ce dernier donc, bon c?ur, débonnaire et inoffensif (oui, cet homme, dont j`ai eu à faire la connaissance, n`est vraiment pas capable de faire du mal à une mouche), est tombé dans le piège en harcelant (inutilement et maladroitement) Ouattara, pour le bouter de la compétition électorale démocratique, faisant ainsi, sans le savoir, le jeu de M. Fologo. La question cruciale demeure : pourquoi M. Fologo s`en prend-il tant à Bédié, insidieusement (depuis 2000), ouvertement (depuis 2001) et avec tant d`acharnement aujourd`hui ? Les réponses s`imposent d`elles-mêmes :
1 - M. Fologo en veut à Bédié d`avoir fait perdre au PDCI le pouvoir d`Etat qui lui garantissait son quotidien. Comme de nombreux suiveurs du Sphinx, comme les nombreux saprophytes de ce parti vieillissant et qui n`a pas su se renouveler à temps, Fologo estime qu`il n`a pas une âme d`opposant. Au PDCI, ils disent cela d`une manière faussement poétique et désespérante : "On n`a pas une culture d`opposition". Alors, sous la houlette nocturne de Fologo (il sait opérer dans l`ombre), les suiveurs d`hier sont allés frapper à la porte militarisée de Robert Guéi, le putschiste et nouveau détenteur du pouvoir, parce que, selon eux "Le PDCI n`a pas une culture d`opposition !" - Comme s`il existait des partis qui étaient nés pour diriger et d`autres, pour demeurer dans l`opposition ! Comme s`il existait des peuples et des tribus qui étaient nés pour diriger et d`autres, pour subir des gouvernorats. Et comme ils me paraissent soudain comiques, ces ministres PDCI ! Ils ignorent jusqu`à l`histoire même de leur parti. Ils ne savent même pas que leur parti est né dans l`opposition ; ils ne savent pas que ce parti est né dans (et de) l`adversité. Comment peut-on insulter la mémoire (anticolonialiste) d`Houphouët jusqu`à ce point ? C`est grave !
Bref, laissons là, à leur tragique inculture politique, les ministres désespérants de ce parti non moins désespérant, et revenons à nos préoccupations. 2 - Fologo est écoeuré par la réconciliation (qu`il ne prévoyait pas) entre Bédié et Ouattara. ``Prisonnier de la haine`` qu`il nourrit contre le dernier, il estime qu`il est le plus grand perdant de cette réconciliation qui repositionne et réhabilite Ouattara sur l`échiquier PDCI (par le biais du RHDP), et lui ôte ainsi, à jamais (à lui Fologo) toute ambition de devenir le leader du Nord. Quand M. Fologo hurle contre cette réconciliation et clame, la bave aux commissures des lèvres : Je suis contre cette alliance, car c`est une alliance qui s`est faite contre quelqu`un et non pour la Côte d`Ivoire, c`est à lui et rien qu`à lui seul qu`il fait allusion, non pas à Gbagbo comme d`aucuns ont pu le croire.
Non, la réconciliation Ouattara-Bédié n`arrange pas Fologo. Pis, voilà qu`arrive un deuxième larron dont la forte envergure sociale et politique va contribuer à altérer ce qui lui restait d`audience au sein du PDCI : Charles Konan Banny. Sus donc à Banny que Fologo voudrait bannir du clan, à défaut de l`estourbir ! Fologo a compris que, pour mieux servir le combat de son nouveau maître, Gbagbo, il doit combattre Charles Konan Banny, surtout lui. Ah, ce Banny que personne n`arrive à bannir ! Alors, comme un dément, Fologo tempête, rue dans les brancards, brocarde Charles Konan Banny, se débat tragiquement, " Rongé d`un mal sans nom comme d`un léopard sur le garrot - Senghor, Chaka. " C`est un combat épique ! Un combat perdu, aussi ! Mais c`est surtout un combat ridicule et déplacé car, Fologo sait, au fond de lui-même, que Charles Konan Banny n`échangera jamais de propos inélégants avec lui et contre lui. Il ne le fera pas, non pas par manque de courage de gladiateur ou de ferveur belliciste à la Soundjata, mais par simple courtoisie politique et, surtout, par éducation : il est temps que M. Fologo sache qu`il y a un âge biologique et politique où un leader doit pouvoir tourner dos à l`invective gratuite ; surtout quand ces attaques sont dirigées contre un homme qui n`a jamais inscrit son action politique dans l`exécrable habitude aux paroles mauvaises qu`ont cultivée nos politiciens ; toutes ces choses qui ont conduit notre pays dans la déchirure de la rébellion et de la guerre. On peut et on doit même le rappeler à Fologo : Charles Konan Banny n`est impliqué ni de près ni de loin dans l`histoire de nos actuelles et stupides déchirures dont les responsables répondent des noms de : Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Gbagbo Laurent, L.-Dona Fologo. Il doit donc comprendre que le silence de M. Banny à ses offenses est une grave réponse à ses discourtoisies
3 - La tâche devient de plus en plus difficile pour Fologo car manifestement, il ne peut plus avoir d`audience au sein du PDCI, moins encore au sein du RHDP. En vieux renard politique, Fologo sait que le temps est proche où les Ivoiriens verront Henri Konan Bédié entouré d`Alassane Ouattara, de Charles Konan Banny et de Paul Akoto Yao - dont le retour au sein de la famille PDCI se murmure. De quel poids pèse-t-il et pourrait-il alors peser devant de si fortes personnalités, réunies autour de Bédié ? Aucun ! Ses récentes sorties furieuses contre Bédié et Charles Konan Banny trouvent là, leur explication. Ce sont les derniers hurlements d`agonie d`un loup qui a fini son temps de règne sur la bergerie. C`est le désespoir d`un leader calculateur, aux rêves autocentrés, sans cesse à la recherche de la préservation d`intérêts égoïstes et mesquins : je soutiens que Laurent-Dona Fologo, illustre ministre de Félix Houphouët-Boigny, ne saurait être le porteur des paroles mauvaises qu`il profère sans cesse contre son ( ?) parti, le PDCI, contre Bédié et Charles Konan Banny, s`il n`était habité et torturé par de violents impératifs de lutte pour la survie sociale. C`est en cela qu`il devient un cas, au double sens psychanalytique et empirique du terme.

II/ FOLOGO et le pathos du subalterne

C`est toujours avec fierté que Fologo brandit ses 22 années de ministère. Ce sont ses diplômes, ses livres, ses trophées, ses faits d`armes : des titres obtenus par nomination (donc par la bonne volonté et la grâce d`un individu) et non point par compétition méritoire. On sait ce que furent les ministres du temps d`Houphouët : des gens prospères et gâtés par le monarque, comme le sont aujourd`hui les Refondateurs qui perpétuent (en plus grave) leurs pratiques mauvaises - qu`ils avaient pourtant décriées, quand ils étaient dans l`opposition. Fologo s`enorgueillit donc d`avoir été ministre pendant 22 années. En somme, il est fier de n`avoir jamais eu à payer ni loyer, ni factures d`eau, de courant et de téléphone, ni carburant de véhicules, ni voyages, ni frais de scolarité pour ses enfants pendant 22 ans !
Pendant 22 ans donc - le temps qu`on met à éduquer et former un homme aux épreuves de la vie - Monsieur Dona Fologo Laurent, n`a pas eu à faire face à la moindre charge sociale. Il n`a jamais rien payé sur la base de son salaire mensuel : il n`a jamais su se rendre à une boulangerie, s`aligner comme tout le monde et offrir des baguettes de pain à ses enfants (sait-il même le prix d`une baguette !); il n`a jamais su ce qu`est l`angoisse des pères de famille mal payés qui doivent honorer leurs quittances de courant ou d`eau, le 15 du mois ; il ne sait pas ce que signifie se rendre dans une librairie avec la liste de fourniture des gosses, il ne sait pas ce que signifie attendre à l`hôpital que le médecin arrive (en retard) pour vous donner une ordonnance impossible à honorer. Il ne sait pas, il ne sait pas M. Fologo n`a jamais su ce que signifient ces choses-là, qui font partie des expériences quotidiennes de la vie ; ces choses, qui participent du décor offensif de notre quotidien à nous autres gens pauvres, démunis ou moyennes gens. Bref : pendant 22 ans, M. Fologo a été pris en charge par l`Etat de Côte d`Ivoire. Il fut un filleul de l`Etat ! Ni producteur de richesse, ni entrepreneur privé, ni pourvoyeur d`emplois, mais une prise en charge par l`Etat ! Voilà une des grosses ``erreurs`` du Président Houphouët. Offrir des postes ministériels, pendant 22 ans, à un homme !
La vie psycho mentale de Fologo est ainsi conditionnée par une articulation de type contradiction entre le besoin tyrannique d`être servi et celui, tout aussi tyrannique, d`être au service de celui qui est au pouvoir, afin de se servir des moyens de l`Etat-tuteur. C`est un pathos du chef et du subalterne, un mauvais miroir du complexe des fils de Spartacus. Si demain, M. Bédié revenait au pouvoir, M. Fologo viendrait lui faire allégeance avec la même joie servile que celle qu`il affiche actuellement à servir Gbagbo le détenteur de la bourse et du pouvoir. Si Ouattara accédait au pouvoir, M. Fologo se comporterait de la même manière ; et quand, dans un avenir proche, M. Charles Konan Banny accédera à la magistrature suprême, le même Fologo se mettra à sa disposition, dans le même état d`âme : enthousiaste à servir le prince du moment pour pouvoir à son tour, se servir dans le grenier princier Et il appelle cela : défendre la légalité républicaine ! On peut se permettre de sourire.

III/ Fologo et les logos faux

"Défendre la légalité républicaine". C`est l`expression qui, en Côte d`Ivoire, semble suffire à couvrir toutes les forfaitures et impostures. Des gens qui ont cautionné un coup d`Etat il y a quelques années, conspiré régulièrement contre la République, infiltré nos forces de défense nationale pour nous déstabiliser militairement, dansé avec les putschistes d`un certain jour de décembre 1999, se retrouvent aujourd`hui, comme par enchantement, au sein d`un club de chercheurs de postes administratifs abusivement dénommé Congrès National pour la Résistance Démocratique (CNRD). Leurs maîtres inspirateurs sont d`anciens barons du régime d`hier déchu par les putschistes qui sont devenus leurs alliés d`aujourd`hui. Pour le partage du gâteau. Ils ont oublié qu`ils avaient été ministres, eux aussi, de quelque chose qu`on appelait la REPUBLIQUE de Côte d`Ivoire ; ils ont oublié que c`était la première République ; et que cette République méritait, elle aussi, qu`on se batte pour rétablir sa légalité violée par les putschistes qui sont aujourd`hui au pouvoir. Ah, ces anciens barons du PDCI ! Leurs têtes ont blanchi, leurs mémoires ont cédé la place à la culture de la reptation et du servilisme éhonté pour la satisfaction de besoins primitifs ou par désir (hier refoulé) de se venger d`affronts et de frustrations coquines. Et, plus bavard d`entre tous, Laurent Dona-Fologo peut dire, il y a quelques mois : " Je soutiens Gbagbo et j`invite les Ivoiriens à voter pour lui, parce qu`il incarne la légalité républicaine ". C`est grave ! Démasquons la fausseté de ce discours. Non, Monsieur Fologo. Vous vous trompez, soit par ignorance, soit de bonne foi : lorsque le moment sera venu d`aller aux élections, M. Laurent Gbagbo ne représentera plus la légalité républicaine ; il sera un candidat comme tous les autres. Pas plus légal, ni plus légitime que les autres, mais tout simplement un candidat au même titre que les autres, n`ayant, conséquemment, droit à aucune prérogative particulière, au détriment des autres candidats. Il m`est difficile de comprendre que M. Fologo, homme politique pourtant avisé, ait pu faire un tel amalgame dangereux pour la stabilité et le respect de nos institutions. Il m`est tout autant difficile d`admettre que M. Fologo, dont je connais quand même les Conseillers (des gens compétents et sérieux - comme Ganin Bertin, Jean-Albert Agbré, le Pr P. Ayoun N`da,... tous des gens instruits et cultivés) ait pu dire, publiquement, une telle énormité politique et juridique. Et je frémis quand j`imagine le nombre de places publiques et de cerveaux juvéniles qu`il a dû infecter en y distillant de tels propos dangereusement faux. Non, M. Fologo, je vous le répète : quand il s`agira d`aller aux élections, M. Gbagbo ne représentera que lui-même ou son parti politique, mais pas la légalité républicaine. Et je mets au défi tous vos conseillers techniques de me démontrer le contraire de ce que j`avance là. A ma génération de contestataires impénitents qui troublions, par intermittences fâcheuses le sommeil royal de Nanan Boigny, M. Fologo n`avait eu de cesse de chanter la grandeur du monarque dont il nous avait dit qu`il était le libérateur de l`Afrique et le défenseur de la dignité des Noirs. Plus de deux décennies après, il nous dit aujourd`hui de célébrer Gbagbo qui mène un combat de libération de l`Afrique, et lutte pour la dignité des Africains. Questions : combien de fois l`Afrique sera-t-elle libérée ? Pendant combien de temps allons-nous livrer les combats vagues pour la dignité de l`Africain ? Quand allons-nous nous mettre au travail, discipliner notre administration, régulariser notre vie sociale et citoyenne, assainir notre environnement éthique, donner du travail aux jeunes qui ont envie de travailler pour gagner leur vie et non se mettre au service de politiciens véreux ?
M. Fologo a suggéré aussi, un autre jour de délire discursif, que la Côte d`Ivoire change de nom, parce que le nom actuel qu`elle porte serait source de trop d`ennuis ! C`est tout tragiquement, une sortie malheureuse et comique. L`année dernière, après une énième sortie médiatique où il avait courageusement dénoncé les manquements de la refondation et fait le constat d`une Côte d`Ivoire à l`agonie sous ce régime, M. Fologo a, de manière surprenante, demandé aux Ivoiriens de voter pour Laurent Gbagbo, le refondateur en chef. Venance Konan lui avait alors demandé s`il ne prenait pas les Ivoiriens pour des imbéciles !
Tout récemment, à l`occasion de l`ouverture des assises du RPP, il a affirmé qu`il soutient Gbagbo parce que c`est un homme courageux ! - Le propos a été relayé par la quasi-totalité des journaux de la place. Attardons-nous un tout petit peu sur cette idée de courage. De quel courage s`agit-il ?

IV/ Fologo, Gbagbo et le courage

Il m`est souvent arrivé de lire des propos sidérants à propos du courage de M. Gbagbo. Ainsi, il aurait été courageux parce que, quand la rébellion a éclaté, il est rentré au pays. Allons : où est le courage qu`il y a avait à regagner Abidjan qui était alors la seule ville vraiment sécurisée du pays ? L`armée française nous avait aidé à chasser les rebelles de la capitale ; l`aéroport et le palais étaient sécurisés par, outre l`armée française, nos forces nationales de sécurité et de défense. Rentré de Rome, M. Gbagbo s`est-il rendu à Bouaké, à Man, à Duékoué, etc., même à Djèbonoua ou Mbahiakro, vers la ligne de front ?
De 2002 (date du début de la rébellion) au 30 juillet 2007 (date de la célébration de la flamme de la paix), il s`est passé cinq ans. Djédjé Mady, Charles Konan s`étaient déjà, et à plusieurs reprises, rendus à Bouaké et dans les zones sous occupation des insurgés, pour engager le nécessaire dialogue avec ceux qui avaient pris les armes contre le régime. M. Banny a même passé des nuits dans les zones occupées. Il a fallu au courageux Gbagbo, cinq ans de préparation, de précautions, d`assurance qu`il n`y a plus de danger, pour se rendre, enfin à Bouaké, entouré de mille et un gardes armés jusqu`aux oreilles ! Est-ce cela le courage dont on parle tant ? A Abidjan, la zone sous son contrôle, il ne se déplace pas sans un cortège impressionnant de soldats et de chars. Est-ce là, ce qu`on appelle le courage ? La voie qui passe devant le palais de la République est interdite aux Ivoiriens, pour la sécurité du nouveau monarque. Est-ce cela le courage ?
En 1982, dès qu`Houphouët eut levé le ton à la suite des troubles survenus, consécutifs à la conférence (suspendue par le pouvoir) que devait prononcer un certain Gbagbo Laurent, M. Gbagbo n`a-t-il pas pris la poudre d`escampette en allant se réfugier en France, après être passé (nuitamment et sous déguisement) par le Mali ? Comme on le dirait en nouchi, " Gbagbo avait béou, il avait tracé mal même !!! ". Ceux qui ont maintenu en éveil la flamme du refus et de la résistance au pouvoir dictatorial d`Houphouët s`appelaient Gbaï Tagro, N`go Blaise, Françis Wodié, Bernard Zadi, Doudou Salif, Adam Camille, Laurent Akoun, Ganin Bertin, Biagné Joseph, Josette Abondio, Jean-Marie Adiaffi, entre les plus représentatifs de cette élite de combattants courageux. Nulle part ne figure le nom de Gbagbo Laurent sur la liste des résistants locaux, en ces temps-là, où la plupart de ceux qui sont aujourd`hui aux avant-postes de l`administration se terraient, transis de peur. De quel courage donc nous parle M. Fologo ? Sans doute le courage de tuer l`Ecole, de boucher les portes de l`avenir à notre jeunesse, le courage de célébrer l`enrichissement rapide et illicite, le courage de piller l`argent du pétrole, du gaz, du café et du cacao, le courage de promouvoir la culture de la fainéantise, le courage d`abêtir nos populations dans la promotion des espaces de beuverie et de séance de transes évangéliques, le courage d`accaparer les medias d`Etat, le courage de détruire la Côte d`Ivoire, le courage d`amplifier la paupérisation des masses, le courage de corrompre l`âme de nos intellectuels affamés et désespérés, le courage d`assujettir notre fière Côte d`Ivoire au Burkina-Faso, le courage de se partager les richesses de notre pays avec M. Compaoré et les rebelles (qui pillent nos ressources pour investir au Burkina), le courage d`emprisonner les enfants de pauvres sans défense (Assalé, ne désespère pas), le courage d`exercer la terreur sur le peuple ; enfin, le courage de TUER, froidement, lâchement !
C`est sans doute ce courage-là, que célèbre Laurent Dona-Fologo. J`ai du mal à croire qu`un homme comme lui, qui se targue d`avoir fait le parcours politique qu`il décline à longueur de discours répétitifs, puisse en arriver à un tel renoncement aux valeurs essentielles qui devraient, aujourd`hui, être les seules qu`un homme de son âge biologique se doit de cultiver : se consacrer à la consolidation des acquis de plus de 60 années de vie ; distiller le savoir et la sagesse accumulés au cours des pérégrinations d`hier ; altérer les passions offensives ; veiller à unir et non à diviser ; enseigner le rêve de la grandeur d`un pays, le sens du bien public et collectif, indiquer le chemin de l`avenir, montrer l`étoile du soir aux égarés, etc.
Non, M. Fologo, vous êtes hors jeu ; vous jouez et sonnez faux comme la première syllabe de votre nom ! Votre discours, trop intéressé, pue la servilité marchande, le manque de sincérité. En votre âme et conscience, et ceci en référence avec votre éducation politique (celle acquise auprès d`Houphouët), vous ne pouvez pas aimer ce régime de la honte, ce régime de l`improductivité et du crime facile, qui a jeté l`opprobre sur notre fier pays d`hier.
Vous ne pouvez pas aimer ces assassins, ces anti démocrates, ces voleurs, ces menteurs, ces gens sales qui ruinent la Côte d`Ivoire. Vous ne pouvez pas célébrer Laurent Gbagbo, l`homme qui a gravement offensé Houphouët en l`injuriant dans ses livres, l`homme qui tente d`humilier davantage Houphouët (jusque dans la tombe) en procédant par rapprochement suspect vers son épouse, Mme Thérèse Houphouët-Boigny, afin d`achever le parricide rituel. M. Fologo, vous savez très bien que cet homme ne renoncera à aucun moyen pour humilier Houphouët. Et vous vous prêtez, aujourd`hui, vous, Laurent Dona-Fologo, à l`accomplissement de ce meurtre symbolique et sale, en contribuant à détruire le parti qu`Houphouët a créé (le PDCI), en offensant régulièrement ses héritiers (Bédié, Alassane) et continuateur (Banny) de son rêve de construction d`une Côte d`Ivoire de la vraie fraternité, d`une Côte d`Ivoire de la grandeur et du progrès. Non, M. Fologo, vous ne pouvez pas prendre parti pour ceux qui détruisent, et combattre avec tant d`acharnement, ceux qui ont construit ce pays et qui veulent ajouter de la terre à la terre, comme le font les termites. Vous êtes le produit d`une idéologie de la construction et non de la destruction. Ressaisissez-vous, M. Fologo. Surtout, n`ayez pas peur pour vos lendemains : Bédié, Alassane et Banny ne peuvent pas vous laisser dans la misère. Ils n`ont même pas le droit de le faire. Rien que pour la mémoire d`Houphouët. Et vous savez très bien que ce sont des gens généreux. Pour conclure cette communication qui s`achève comme une lettre ouverte à M. Laurent Dona-Fologo (alors que ce n`était pas sa nature première), je voudrais dire ceci : ce n`est vraiment pas de gaîté de c?ur que je publie ce texte. Pour une fois, j`ai éprouvé de la peine à ruer dans les brancards contre un acteur politique de ce pays. C`est que M. Laurent Dona-Fologo demeure, malgré tout, une figure respectable et attachante de la scène politique ivoirienne ; une scène politique infectée de politiciens médiocres, félons et sans vergogne.
Je confesse avoir fait partie des amitiés de cet homme qui m`a toujours manifesté de la sympathie. Nous avons, à plusieurs reprises, échangé, et beaucoup, sur la Côte d`Ivoire : sa jeunesse, ses hommes politiques, ses arts, Houphouët, etc. ; enfin, cette crise qui nous affaiblit, tous. Et c`est pourquoi, il me fallait lui dire ce que je viens d`écrire ici, et que nous nous sommes déjà dit. Notre pays va vers un virage très prononcé et dangereux. M. Fologo, de la position qu`il occupe, fait partie de ceux qui ont le pouvoir de désamorcer la bombe de destruction massive qui pèse sur la tête chenue de la Côte d`Ivoire. Cette bombe s`appelle : la soif du pouvoir. J`ai l`imprudence de penser qu`elle est incarnée ou détenue par trois acteurs politiques : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara. Comment désamorcer cette bombe ? Ce sera le sujet de ma prochaine contribution.

Tiburce Koffi, Ecrivain et journaliste indépendant.
Cel : (00225) 66-10-79-61
Email : tiburce_koffi@yahoo.fr

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