Un conducteur se lance à vive allure sur la route. Dans son véhicule, de nombreux passagers qu'il est censé conduire à une destination bien précise. Jusque-là, en dépit de quelques accrocs entre des passagers et lui, le conducteur tient bien son volant. Seulement voilà, pour des raisons que lui seul connaît, il passe à la vitesse supérieure, visiblement sous le charme de certains passagers qui lui font croire qu'il maîtrise tellement son volant qu'il peut faire 1000 km à l'heure sur une piste. Pendant ce temps, d'autres voyageurs lui conseillent la prudence, car ?'la vitesse tue'' selon l'adage. Mais le chauffeur n'écoute personne. Il appuie sur l'accélérateur pendant que des ?' allons doucement chauffeur'' fusent de partout. Mais ce dernier ne l'entend pas de cette oreille. Il fonce tellement vite que patatras, il crève un pneu et se retrouve dans le ravin. Avec lui, ces nombreux voyageurs dont certains avaient pourtant attiré son attention sur ce danger. Cette histoire imaginaire rappelle à bien des égards, la situation politique du pays. Le chauffeur ?'têtu'' pourrait bien être le chef de l'Etat Laurent Gbagbo, et les passagers, tout naturellement les Ivoiriens. Le premier, par ses attitudes ainsi que celles de certains de ses proches, conduit le navire ?'Ivoire'' tout droit dans les marécages. Tandis que les seconds - du moins l'opposition - ne cesse de le guider sur le droit chemin. Quel est donc ce pays où tout est mélangé? Se basant sur les patronymes de certains de leurs compatriotes, certains Ivoiriens, notamment des militants et des responsables du FPI n'hésitent point à les déclarer étrangers, en établissant une liste qu'ils vont déposer dans les tribunaux. Et là-bas, des juges aux ordres ne se gênent pas de les rendre apatrides en ?'décrétant'' qu'effectivement ces derniers, parce tout simplement ils se nomment Touré, Ouattara, Hien, Coulibaly et que sais-je encore, ne seraient pas suffisamment Ivoiriens. A Divo, Bouaflé, Sinfra, Katiola, Bondoukou, Zuénoula, Man, Lakota, Duékoué, Toulepleu et dans bien d'autres villes du pays, des Ivoiriens ont été dénoncés arbitrairement par d'autres se disant plus Ivoiriens qu'eux. Ils sont des centaines, voire des milliers, à être sur une liste que les responsables de la Refondation déposent directement dans les tribunaux pour contester la nationalité ivoirienne des personnes dont la majorité viennent du nord du pays. Tout ceci n'a pour seul objectif que de retarder le processus électoral. Et dans ce jeu, les rôles sont partagés au FPI. Désiré Tagro qui défie le Premier ministre Guillaume Soro, la RTI qui refuse ses antennes à un ministre de la République, Laurent Gbagbo qui man?uvre pour obtenir le départ du président de la CEI, avec la sortie non moins curieuse d'un procureur qui a déjà annoncé la sentence, bref tous les ingrédients d'un ?'cocktail molotov'' sont réunis pour que la situation socio politique explose. L'atmosphère très lourde rappelle celle d'avant l'éclatement de la rébellion de septembre 2002, ou de décembre 1999 qui ont abouti à des situations dramatiques. Un grand penseur a dit qu'il faut penser le changement plutôt de changer le pansement. Il urge donc, pendant qu'il est encore temps que les dirigeants du pays écoutent la voix de la sagesse et se ressaisissent pour éviter que le pire ne se produise. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, dit-on. En tout état de cause, la météo politique annonce des orages. Il faut sortir couverts.
Yves-M. ABIET