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Le retard comme source d`enrichissement

Il est 5 heures 30 quand je commence à écrire cette chronique. Pour tout travailleur ambitieux c'est une exigence de se lever tôt pour travailler au moment où les autres dorment et ne sont pas encore prêts pour se réveiller ou se lever. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt les laissent totalement indifférents. Un Européen s'étonnant devant le retard de son partenaire africain s'entendit dire : "toi, tu as une montre, moi j'ai le temps. " Il y a une semaine, j'ai fini d'écrire un petit roman qui m'a occupé pendant trois mois. Le mois prochain, un éditeur va me sortir deux livres à la fois, un recueil de nouvelles et un roman. Et comme d'habitude, je vais entendre les mêmes phrases : "Mais comment fais-tu pour écrire autant de livres ? " ; "Tu es un cas à part" ; ! ". Ecrire trente minutes par jour vous permet d'écrire en trois mois un livre de 300 pages. Pourquoi ne pas utiliser ces trente minutes quotidiennes sur les très longues vingt quatre heures que nous avons dans la journée ? Pourquoi aimons-nous tant faire l'éloge de la paresse ? "Ce n'est pas possible" ; on ne réussira pas " ; "ça ne va pas marcher". Le premier impératif d'une réussite dans son travail, dans son activité, c'est de travailler plusieurs heures par jour ou des heures en plus. C'est le prix de la croissance et de notre sortie du sous-développement. Depuis le début de nos indépendances, tous les présidents africains ne cessent d'encourager leurs compatriotes à plus d'effort dans la tâche afin d'augmenter notre productivité. Des plans, des mesures et autres décrets ou lois ont été pris par les gouvernements pour "mettre les gens au traval ". Peine perdue. Le dimanche 2 septembre 2007, le Bureau international du travail a publié son rapport sur "Les indicateurs clés du marché du travail". Ce rapport accable l'Afrique. Lisons ensemble quelques extraits : "Le rapport montre, par ailleurs, que les travailleurs de l'Asie de l'Est sont les laborieux du monde. Ainsi, les travailleurs de la Corée du Sud, de Hong Kong, de la partie continentale chinoise, de la Malaisie et de la Thaïlande travaillent plus de 2200 heures chaque année, contre 1804 aux Etats-Unis et 1564 en France. A l'opposé, le BIT s'alarme de la piètre performance de l'Afrique subsaharienne où la valeur ajoutée par travailleurs est douze fois inférieure à celle d'un travailleur du monde industrialisé. Les Etats-Unis restent toutefois le leader de la productivité mondiale. En effectuant le plus grand nombre d'heures de travail au monde, les Américains restent en tête des travailleurs les plus productifs en 2006, indique le BIT suivi de loin par l'Irlande, le Luxembourg, la Belgique et la France. Mais en tenant compte de la productivité par heure travaillée, la Norvège les dépasse et la France arrive en troisième position. " On peut tirer deux enseignements de ce rapport. Il faut beaucoup travailler pou développer son pays et le travail est lié aux heures effectuées. Le deuxième enseignement, les Africains ne travaillent pas du tout. Ce n'est pas une surprise. Quand on sait que l'élite africaine et la masse perdent tout leur temps dans des discussions stériles et interminables" la valeur ajoutée par travailleur est douze fois inférieure à celle d'un travailleur du monde industrialisé "trouve ici toute sa place. Si nous voulons forcer notre destin, il ne reste qu'un plan de rigueur à imposer. D'habitude le plan de rigueur s'articule autour des suppressions de postes, de travailleurs à licencier, de diminution de salaire. Mais on peut trouver autre chose. Et l'idée vient d'un téléspectateur africain. Devant le retard et l'absentéisme au travail, il proposait qu'on coupe les heures perdues sur le salaire des travailleurs. Comme dans certaines entreprises privées. Tous les trois mois, l'Etat va faire un calcul des heures perdues et non justifiées qui seront "coupées" sur le salaire du quatrième mois. Ainsi, trois fois par an l'Etat va se faire beaucoup de sous qui seront utilisés dans des investissements productifs. Quand je fais cette proposition à des amis fonctionnaires ils on tous la même réaction : "Ce n'est pas possible. Celui qui doit nous contrôler sera aussi en retard. " En clair, ne faisons aucun effort, croisons nos bras, rien ne pourra marcher. Continuons de bavarder dans les bureaux, de critiquer, de traiter certaines personnes de corrompus sans connaître leur source de revenus. Continuons dans la paresse. L'Afrique c'est le berceau de l'humanité même si nous sommes les derniers sur le plan économique et social dans le monde malgré nos richesses. Continuons de faire l'éloge de la paresse. D'ailleurs, ce rapport du BIT comme tous les autres rapports n'auront aucune grande diffusion. C'est un miroir. Il nous montre une image laide de nous. Personne n'aime se regarder dans une mauvaise posture. L'heure n'est jamais l'heure pour nous. C'est après l'heure qui est l'heure pour nous. Et encore ! La balle est dans le camp de nos gouvernants. Si on laisse faire, même après 60 ans d'indépendance, le BIT fera encore un rapport plus accablant. Pour une fois, l'occasion est donnée à nos gouvernements de trouver une solution à leurs difficultés budgétaires. Et ce n'est pas sorcier. Ce n'est qu'un calcul. Ainsi va l'Afrique et à la semaine prochaine.

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